RUPT SUR MOSELLE - SOUVENIRS ANONYME

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RUPT SUR MOSELLE - SOUVENIRS ANONYME

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 11:19

J'ai eu la croix de guerre, j'aurais tout aussi bien pu avoir la croix de bois, aussi, par respect pour ceux qui n'ont pas eu ma chance, je préfère rester dans l'anonymat.
Juste avant la guerre, j'avais fait une préparation militaire, chez moi, pour ne pas faire le troufion inutile. J'avais acheté des disques pour faire de la lecture au son, en un mot, du morse.
Suite à cela, j'ai obtenu mon diplôme d'opérateur radio.

Dans le choix des affectations, j'avais demandé le Maroc et l'aviation.
J'ai été incorporé le 15 Octobre 1938, embarqué pour Marrakech au Maroc le 09 Novembre où je suis resté un an et demi en tant qu'opérateur radio au sol.
Comme avion, on avait des « Blocq 200 » et des « Potez 25 ».
C'est bien simple, on les appelait les cercueils volants tellement ils étaient peu fiables.
Il nous a fallu attendre un moment avant d’avoir des « Morane 406 », beaucoup plus compétitifs.

Je me souviens d'une nuit avec un copain, on avait capté en morse le message suivant : « On est en panne, salut aux copains, baisers aux femmes, nous saut.... ».
La communication a coupé avant la fin. Les aviateurs avaient eu un problème avec un Blocq 200 et avaient dû sauter en parachute sans trop savoir si ils allaient atterrir ou amerrir.

Heureusement, on a eu des nouvelles par la suite, ils sont tombés sur le sol, ce qui était une bonne chose et sans se faire mal, ce qui était encore mieux.

Ensuite, j'ai été envoyé dans le sud Marocain. J'ai passé un concours pour faire l'école de pilotage de Maison Blanche à côté d'Alger, mais l'ordre de mission n'a pas suivi.

Le 07 Mars 1940, mon unité est renvoyée en France.
Je devais passer mon concours de caporal le lendemain, de ce fait je suis toujours resté deuxième pompe.
Nous embarquons donc à Oran en Algérie et débarquons à Port Vendre ( Pyrénées Orientales), au sud de Perpignan.
On a traversé la Méditerranée sur un moutonnier, avec dix mille moutons dans la cale, bonjour les odeurs!.
De port Vendre, nous sommes allés directement sur la frontière Belge.

Je me souviens , à Busigny ( Nord), près de St Quentin, nous étions en attente dans le train. Nous avons été pris sous le feu des avions Allemands.
Une bombe est venue se ficher sous le wagon où nous nous trouvions. Nous avons eu de la chance, elle n'a pas éclaté.

Nous avons su par la suite que la position de notre train militaire avait été donnée aux allemands par un Français qui avait un émetteur dans sa cave.
Ensuite, nous devions redescendre en convois militaires sur Clermont Ferrand ( Puy de Dôme) où le régiment devait être reformé.
Comme c'était la débâcle, nous avons dû nous replier.
J'étais tellement écœuré, que lorsque j'ai vu une pauvre femme qui essayait de fuir avec une voiture qu'elle ne savait même pas conduire, j'ai quitté mon régiment et lui ai proposé de la conduire.
Comme elle allait n'importe où, mais vers le Sud, je l'ai conduite jusqu'en Auvergne, avec ses gosses et ses bagages.
Je me souviens que des gens nous vendaient de l'eau. On peut dire quand même que certains Français n'ont pas été à la hauteur.
J'ai eu du pot, là- bas, j'ai retrouvé mon unité rapidement, ce qui m'a évité d'être porté déserteur.

Notre régiment reformé à Clermont Ferrand, nous sommes repartis ensuite vers la Seine. A Romilly sur Seine (Aube), on a eu un accrochage, les allemands se trouvaient d'un bout du terrain et nous de l'autre.
Je me souviens que là, les officiers pilotes Français avaient laissé leurs avions et avaient fui avec leur famille et leur voiture.
Un Juteux, ( Un Adjudant - Ndr), s'était même planqué quand les avions sont venus nous canarder. Après ça, il a quand même eu la croix de guerre.
Je me souviens qu'à la remise de la croix de guerre, un soldat disait « Croix de guerre » à l'appel de nos noms. Quand le nom du juteux a été prononcé, j'ai répondu « Brevet sportif populaire ».

Nous étions équipés de fusils de la guerre de 1870. On appelait ça des « fusils gras ». C'est tout juste si nous avions les bonnes cartouches!.


Lors de cette attaque, je n'ai rien fait d'héroïque, je n'ai fait que de riposter, mais c'était toujours mieux que ceux qui se sont planqués.
Il ne faut pas oublier non plus que j'étais dans l'aviation, pas dans l'armée de terre.
Comme les allemands nous couraient après, nous sommes descendus jusque près de Mont de Marsan (Landes).
Entre temps, l'armistice ayant été signée, j'ai été envoyé à l'école de l'air à Salon de Provence ( Bouches du Rhône). Là, allez savoir pourquoi, j'ai été affecté aux cuisines du mess Officiers !. Mais j'étais bien là.
J'ai été démobilisé le 25 Mars 1941. Comme il nous fallait une adresse de point de chute, j'ai donné celle d'un de mes oncles en Saône et Loire.

De là, j'ai décidé de revenir chez moi, alors j'ai passé la ligne de démarcation en passant sur La Loue, une rivière qui se jette dans le Doubs, en dessous de Dôle ( Jura). On a franchi la Loue de nuit en passant sur un pylône.

Je dois dire que j'étais accompagné de la femme d'un copain, laquelle avait dû laisser son enfant à ses grands parents sur Rupt Sur Moselle, et d'un autre copain.

Une fois arrivés à Besançon, nous n'avons pas voulu trainer en ville, de peur de nous faire ramasser par « les Frisés ».
J'ai donc pris une chambre à l'hôtel près de la gare.
Le copain avait préféré passer la nuit sur un banc. Au petit matin, lorsqu'il s'est réveillé, sa capote était toute rayée de vert, le banc avait été repeint de la veille.
Avec le train et les navettes de cars, je suis donc revenu à la maison.

Je me suis marié en Septembre 1942. J'ai été requis pour le STO ( Service du Travail Obligatoire - NDR), en février 1943.
Nous sommes donc partis pour l'Allemagne par le train.
Là bas, à Francfort sur le Main, j'ai travaillé pour une société qui était gérée par une femme qui adhérait au parti nazi.
Nous étions trois Français du STO et deux ouvriers Bulgares.
Nous avions une « piaule » en ville, touchions quelques Deutch Marks, ce qui nous permettait de faire notre tambouille et d'envoyer un peu d'argent à notre famille.

Je suis revenu en permission au bout de six mois, j'ai repoussé un peu mon retour en Allemagne parce que ma femme devait accoucher. Ainsi j'ai pu assister à la naissance de mon fils en Septembre 1943 et je suis reparti vers Francfort.
Le courrier passait, mes parents m'envoyaient des colis, du lard notamment, un aliment qui se conserve.

Je me souviens que la ville de Francfort a été canardée par les Anglais et les Américains. Au matin, je n'ai plus reconnu la rue où je travaillais. Tout avait été détruit par les forteresses volantes qui avaient passé par centaines dans le ciel et qui avaient déversé chacune par milliers leurs bombes soufflantes et incendiaires.
J'ai vu des kilomètres de maisons nivelées.

En Allemagne, j'adhérais aux Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, « J.O.C », ce qui était formellement interdit.
L'abbé René Fraysse, était requis comme nous pour le STO et officiait comme aumônier.
On se réunissait sous les ponts, à l'abri des regards pour recevoir la communion.
L'abbé Fraysse s'est fait ramasser par les allemands en compagnie d'un nommé Baldinni qui était originaire de Ste Suzanne dans le Doubs.

Ils ont été emprisonnés à Francfort, puis transférés dans un camp de concentration.
Leurs conditions de détentions étaient terribles. Ils étaient dans des cages en fer où il ne pouvaient se mettre debout et où ils avaient interdiction de s'asseoir. La cage était équipée d'un bas flanc, qui pivotait et où ils ne pouvaient s'allonger que sous conditions.
L'abbé Fraysse s'est retrouvé en cellule à côté du fils à Trotsky. Lors du bombardement de Francfort, ils ont bien cru y rester à tel point que le fils à Trotsky lui a dit : « René, toi qui est croyant, penses tu qu'il y a quelque chose après la mort ? ». C'est vous dire leur état psychologique du moment.

Une fois, j'ai été en contact avec Monseigneur Rodhain, originaire de Remiremont, lequel m'a remis des livres de réflexion en gare de Francfort, afin que je les distribue à mes camarades.
Nous nous remontions le moral comme on pouvait.

Au bout de six mois, je pouvais à nouveau revenir en permission.
Le copain, Marcel Génic, qui était originaire de Wassy dans la Marne m'a dit: « Tu es marié, tu as un petit gamin, on ne sait pas comment tout ça va finir et ça sent le roussi, si tu veux, tu peux ne pas revenir de perm ».
Quelle belle preuve d'amitié si on sait que le fait que je ne revienne pas de permission signifiait pour lui qu'il n'y partirait plus.
Il s'est sacrifié pour moi, même s'il en a réchappé puisque nous nous sommes revus après la guerre.

Je suis donc revenu en permission vers Mars 1944 et ne suis plus reparti.
Je suis allé me planquer dans une ferme en Seine et Marne, j'avais un frère par là, il m'y avait trouvé du travail.
Nous nous trouvions tout près d'une base aérienne, un jour les Anglais ont bombardé cette base et j'ai pris la décision de revenir à la maison où je suis resté planqué jusqu'à la libération.

Un jour, les Allemands sont venus à la maison avec une liste de personnes recherchées et dont je faisais partie.
Le maire de l'époque, qui ne savait pas que je me cachais là, a soutenu que j'étais parti et ça s'est bien passé.
Il ne faut pas oublier qu'il y avait la 5ème colonne, que la dame pour qui je travaillais en Allemagne n'avait probablement pas tardé à signaler mon absence et que l'abbé Fraysse avait un calepin où nos noms figuraient.
Cela donnait trois possibilités aux allemands pour remonter rapidement jusqu'à moi.
Je me souviens que par réflexe, je me baissais encore à quatre pattes pour passer devant une fenêtre, au moins quinze jours après la libération.

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