RUPT SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE GISÈLE BARTHUEL VVE HENRI POIRIER

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RUPT SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE GISÈLE BARTHUEL VVE HENRI POIRIER

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 12:51

Je suis née à Rupt sur Moselle en 1922 dans une des maisons de la rue de l’église. J’avais donc 17 ans à la déclaration de guerre de 1939. Papa était déjà trop âgé pour être mobilisé, mais il avait fait la guerre de 14/18. Il était cordonnier/bottier, métier qu’il avait exercé lors de ses trois années de service militaire.
La vie de l’époque n’a pas de commune mesure avec celle de maintenant. C’est grâce à un voisin nommé Leduc, qui habitait dans la maison Wittmann en face de chez nous et qui détenait un poste de radio, que nous avons appris la déclaration de guerre. Il laissait sa fenêtre ouverte, mettait le volume assez fort pour que tout le quartier puisse bénéficier des informations.

Pour ma part, cette année-là, j’étais pensionnaire à l’école primaire supérieure de Thaon-les- Vosges dans le but de devenir enseignante. En 1939, il n’y a plus eu d’internat à Thaon, donc j’ai dû me loger chez un particulier. Depuis Igney, je me rendais alors à Thaon à bicyclette, c’était la drôle de guerre.
J’ai donc passé le début de la guerre principalement à Thaon. J’ai le souvenir de ce jour de Juin 1940 où revenant de Thaon, nous avons essuyé un bombardement en gare de Remiremont. Deux jeunes filles de Ramonchamp, qui étaient également étudiantes à Thaon pour devenir institutrices, mais dans une classe supérieure à la mienne, ont été tuées lors de ce bombardement.------ (Il s’agit du bombardement du 15 Juin où Marguerite Rouillon et Jeanne Tremsal perdirent la vie, Jacqueline Lambotte fut blessée – Ndr ).

Lorsque je suis arrivée à Rupt, on disait que les Allemands étaient à nos portes et qu’il fallait fuir. Maman nous avait préparé une petite valise à chacun. J’ai le souvenir qu’elle nous avait emballé un jeu de couverts en argent dans une serviette de table, pour chacun d’entre nous. Comme mon père n’avait pas de voiture, il ne nous était pas possible d’aller bien loin. Depuis ma chambre, à l’étage, j’ai vu les premiers obus partir de La Beuille, ils sont tombés dans le cimetière.
Mon père qui devenait maintenant le patriarche du quartier, puisque tous les hommes avaient fui, a pris les choses en main. Il a rassemblé toutes les femmes du secteur, Mme Leduc et ses filles, la grande Adeline toujours habillée en noir, et sa fille Léa, Maurice Fresse, sa femme et ses enfants. Papa avait fait un faux plancher sur le lit de pommes de terre et hébergeait tous ces gens-là, soit vingt cinq personnes dans notre cave voûtée. Nous sommes restés au village encore quelques jours, jusqu’au 20 juin, où un avion a pris en enfilade la rue de l’église, on dit que c’était un Italien.
Papa a vu que la maison Lambert brûlait, nous sommes donc partis vers la forêt, en passant par le chemin des Chèvres, sommes passés au dessus de l’église, près de chez le Général Xardel. Des soldats français avaient mis madame Humbert, notre locataire, sur une chaise du fait qu’elle était impotente. Ils l’ont portée comme ça jusque chez Perry. Nous avons retrouvé là entre autres la famille Salzgeber et Gisèle Chipot. Nous avons poursuivi notre fuite par la ferme Mauffrey jusqu’à la ferme Mangel, au dessus de la croix de Parrier.

Nous avons couché là dans le foin, nous étions au moins une vingtaine de personnes. Nous sommes restés là deux nuits. Mon père se rendait régulièrement à la croix de Parrier pour voir ce qu’il se passait au village. De là, il a vu que notre maison avait brûlé ainsi que celle d’Ernest Lambolez, la quincaillerie Lambert où Jeanne Tuaillon avait également une petite affaire, le café Perry et la maison des parents à Jeanne Tuaillon, dans la rue du cinéma.
Paul Louis, qui tenait un magasin de vêtements dans la rue de l’église, nous a alors proposé de nous loger dans la maison de son fils lequel était fait prisonnier. Sa belle fille, Melle Gigant étant repartie chez ses parents.
J’ai vu alors les Allemands venir chez Paul Louis, par dizaines, pour lui acheter sa marchandise. J’ai même prêté main forte à ce commerçant pour faire ses affaires, de toute façon il n’avait pas le choix, ou il vendait, ou les Allemands se servaient.

Au premier octobre, je suis repartie à Thaon poursuivre mes études.
Pauline Colnel, qui vendait des bonbons près de chez nous, a alors loué un appartement à mes parents, lesquels venaient de racheter quelques meubles. Papa a repris son activité comme il a pu, en aménageant un petit local qui se trouve toujours derrière notre maison.
J’ai été nommée institutrice à l’école de Saulx au 1er octobre 1942. J’y remplaçais Monsieur Perrin, le directeur qui était prisonnier. Je tenais le cours préparatoire et apprenais à lire aux élèves. J’en ai gardé un très bon souvenir. Le midi, je mangeais chez Madame Marquis qui habitait en face de l’école. Elle y tenait un café/épicerie. Comme tous les paysans du secteur faisaient un peu de troc avec elle, ça m’a permis d’y manger certains gibiers pour la première fois de ma vie, bien que la chasse était interdite. Son mari étant prisonnier, elle vivait là avec son gamin. Cette dame avait également une ou deux vaches, elle savait bien se débrouiller. Je me souviens qu’elle était aidée par le jeune Henri Lambolez, ce qui permettait à ce dernier de ne pas être touché par le STO.

M. Perrin a repris son poste pendant la guerre et j’ai été nommée, en 1944 à l’école de garçons de Vagney où j’ai passé un an. Je me trouvais là lorsque j’ai appris que les alliés venaient de débarquer en Normandie

Fin septembre 1944, à Rupt, nous avons vu arriver les Américains, nous les avons accueillis avec joie, leur avons offert un petit quelque chose. On ne parlait pas la même langue mais on se comprenait.
Avec eux sont arrivés de nouveaux bombardements qui nous ont obligés à gagner à nouveau les caves. Nous avons alors profité d’un abri à moitié enterré qui nous était prêté par Mme Colnel l’épicière. Dans ce pseudo abri, j’ai le souvenir qu’un Américain nous expliquait, sur un atlas prêté par papa, d’où il était originaire, lorsqu’un obus de mortier, tiré depuis Bélué par les Allemands a frappé l’angle d’une maison placée à proximité. Tous les éclats ont été dirigés en direction de notre abri. J’entends encore le bruit des éclats venant briser, à côté de nous, les bocaux qui étaient entreposés là.

Henri, mon futur mari qui se trouvait avec nous a été blessé à la tête. Mon père est parti en sabots, chercher Anne Marie Maurice qui avait quelques notions de secourisme. Celle-ci étant partie, papa est revenu avec un infirmier et une jeep. Ils ont conduit Henri à Saulx-les- Vesoul où se trouvait un hôpital de campagne.
Nous avons été ensuite quelques jours sans plus voir un seul soldat et seulement ensuite les Tabors sont arrivés. Ils ont logé dans l’école des filles qui se trouvait à la place de la galerie marchande au début de la rue de la Dermanville. Je les ai vus un jour très bouleversés d’avoir perdu un des leurs qui était instituteur à Marrakech. Il s’appelait Louis Fabre, était au 6ème R.T.M et avait été tué le 16 octobre au Haut du Feing à Cornimont.
Je me suis dévouée pour lui comme marraine de tombe, suis allée à son enterrement, j’ai fait des photos de sa tombe au cimetière du Bennevise et les ai envoyées à sa famille.

J’ai le souvenir également d’être allée à Remiremont dans le mois de novembre afin d’y recueillir des vieilles cousines qui venaient de fuir La Bresse. Mes parents les ont hébergées quelque temps, bien que nous ayons à peine de la place pour nous.
Henri est revenu en sabots à Rupt depuis la Haute Saône, après un mois de convalescence. Nous nous sommes mariés aux grandes vacances 1945.
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Re: RUPT SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE GISÈLE BARTHUEL VVE HENRI POIRIER

Message par CottonBaler88 le Jeu 20 Oct 2016 - 14:34

Bonjour, émouvant témoignage ... as tu les photos de la tombe de Louis Fabre ?
et une fois de plus Bravo pour votre travail !
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Message par yves philippe le Jeu 20 Oct 2016 - 21:41

Salut Cottonbaler88

Non, malheureusement
tout ce que je puis dire c'est qu'il était Sergent, vraisemblablement à la 3ème Compagnie
et qu'il fut inhumé au cimetière militaire du Bennevise Carré A, rang 3, tombe 54
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Re: RUPT SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE GISÈLE BARTHUEL VVE HENRI POIRIER

Message par CottonBaler88 le Ven 21 Oct 2016 - 12:43

Bonjour , d'accord , merci de t'a réponse ! ;)
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Message par yves philippe le Ven 21 Oct 2016 - 13:35

quoique ........., peut être qu'en zoomant sur les diverses photos que j'ai
elle apparaîtrait parmi les autres

mais je n ai pas de cliché spécifique

si je savais qui était marraine de tombe
peut être qu'on pourrait l obtenir

je vais voir ça
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Message par CottonBaler88 le Ven 21 Oct 2016 - 14:18

Justement " Je me suis dévouée pour lui comme marraine de tombe, suis allée à son enterrement, j’ai fait des photos de sa tombe au cimetière du Bennevise et les ai envoyées à sa famille."
je me suis dit qu'elle t'avait montrer le négatif si cette dame le possède encore bien sur.
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Message par yves philippe le Ven 21 Oct 2016 - 14:27

Effectivement ! je suis bête !

il faut dire que ce recueil de témoignage remonte à près de 10 ans
et que je n ai pas relu la centaine de témoignages avant de les republier ici
d'où mon erreur ( haîzaîmémère me guette )

à+
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Re: RUPT SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE GISÈLE BARTHUEL VVE HENRI POIRIER

Message par CottonBaler88 le Ven 21 Oct 2016 - 16:27

Pas de soucis , je comprend aisément !
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