FERDRUPT - SOUVENIR DE THÉRÈSE COLLE VVE MAURICE COLIN

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FERDRUPT - SOUVENIR DE THÉRÈSE COLLE VVE MAURICE COLIN

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 13:48

Mon père, Adolphe Colle avait fait la guerre 14/18, il avait été blessé à « La Fontenelle » près de St Dié et avait été prisonnier, (La Fontenelle, un hameau de la commune de Ban de Sapt où se déroulèrent de violents combats tout au long de la 1ère guerre mondiale, pour la maîtrise des points culminants. 2244 Français périrent sur ce secteur, 1384 d’entre eux, dont 424 en ossuaire, reposent à la Nécropole Nationale de La Fontenelle/Ban-de-Sapt – Ndr). Lorsqu'on lui a décerné la croix de guerre, papa a répondu qu'il ne serait pas porteur de ferraille, qu'il en avait assez dans la cuisse.

Au début de la guerre j'ai le souvenir des prisonniers français qui partaient à Belfort à pied pour, selon eux, « se faire démobiliser ». Ils étaient confiants, il ne leur venait même pas à l'esprit de s'évader. Tout compte fait, ils se sont tous retrouvés prisonniers en Allemagne. Maman avait bien proposé des habits civils à un gars de St Léonard qu'on connaissait, il n'a pas voulu, il croyait qu'en restant sagement dans les rangs, les choses allaient s'arranger pour eux.

A ce moment là, mon père tenait déjà une scierie à côté de la maison que j'habite depuis 89 ans maintenant. Son activité allait généralement, comme la plupart des entreprises, au profit de l'autorité en place. Sa voiture était réquisitionnée à « tout bout de champ » par les Allemands. A cette époque- là, papa travaillait principalement, avec Georges Marquis de Saulx, pour le Centre Mobilisateur des Bois, la C.M.B comme on disait, qui se trouvait à Bains Les Bains.

Comme Maurice, mon mari était classé « Auxiliaire », il n'a pas été mobilisé. Il a donc travaillé durant la guerre avec mon père.

Par l'intermédiaire de la croix rouge, j'ai le souvenir que nous avons hébergé un temps deux petits gamins de 10/11 ans qui venaient du Pas de Calais. L'un se nommait Daniel Broquet, il venait de Wimereux, près de Boulogne Sur Mer, le second s'appelait Pierre Thieffry et était originaire de St Omer. C'est Mme France, la femme d'un industriel, qui s'occupait de ça. Ces gamins-là nous ont écrit régulièrement après la guerre. Daniel est même revenu nous voir avec son épouse alors qu'ils allaient en vacances en Savoie.

A cette époque-là, ce n'était pas comme maintenant, tout le monde était solidaire. Je me souviens de Mme Voirin qui tenait une petite épicerie à Ferdrupt, à la place de la boulangerie maintenant. Elle donnait toujours un peu plus que ce à quoi les tickets nous donnaient droit. Je crois même qu'elle a rencontré quelques difficultés suite à sa trop grande générosité.
Je me souviens aussi d'André Duval qui a dépanné pas mal de gens avec son marché noir. Un jour, il nous avait envoyé son fils Marcel pour nous laisser un bout de viande. Constatant que nous avions du monde à la maison, le gamin a eu la présence d'esprit de nous laisser le colis caché dans un petit fossé près de la maison. Malgré son jeune âge, il savait déjà qu’il fallait faire attention. Avec son père, il était « à bonne école ».

Quand on tuait le cochon, on ne le faisait pas chez nous, l'odeur du boudin aurait attiré l'attention, ça se passait un peu plus haut, chez les Lambert, un petit cousin à mon père. Parallèlement à cela, on élevait des poules et des lapins. Avec nos champs et notre jardin, on arrivait à faire.

En septembre 1944, les Américains ont libéré Rupt Sur Moselle, puis Ferdrupt. Un « No man’s land », c'est-à-dire une ligne entre les Allemands et les troupes alliées, passait en travers, entre le cimetière de Ferdrupt et chez nous. Suite aux tirs d'artillerie, la scierie de mon père a été totalement sinistrée par des obus américains le 28 septembre. Les Américains ne sont pas arrivés jusque chez nous, ils ont été relevés à Ferdrupt par les Français qui ont libéré tout le reste de la vallée.

Monique, ma gamine n'avait que six mois et un Allemand qui se trouvait chez nous me disait: « Vous, petit – partir – boum boum boum ! ». Je suis donc allée quelques jours me réfugier chez Paul Faivre à la colline de Remanvillers.

Dans ces jours-là, un de mes beaux frères qui habitait Girancourt est venu aux nouvelles. Ils étaient libérés depuis longtemps là-bas. Quand il a vu ce qui se passait sur notre secteur, il m'a proposé de retourner avec lui à Girancourt, ce que j'ai fait. Mes parents, quant à eux, sont restés à la maison, mais dans les moments les plus durs, ils ont dû se résoudre également à aller se réfugier dans la famille à La Dermanville à Rupt Sur Moselle, Chez Léon Pariset.

Notre maison se trouvait donc sur la ligne de front et a servi de poste de secours aux Allemands. Beaucoup de jeunes soldats ont été soignés chez nous, d’autres y ont perdu la vie.

Après avoir vécu avec les Allemands, nous avons vu passer les soldats français. Certains ne nous ont pas laissé une meilleure impression. Eux aussi fouillaient partout. Je me souviens qu'ils nous ont pris des habits dans les armoires des chambres, dont une grande robe dont ils ont dû faire des écharpes ou quelque chose du genre.

Mon père a tenu à attendre de recevoir les dommages de guerre pour reconstruire sa scierie, ce qui fait qu'il n'a redémarré son entreprise qu'en 1947. Notre maison en avait pris un coup aussi, mais comme mon père la restaurait au plus vite, nous n'avons été reconnus que partiellement sinistrés.

La guerre est restée longtemps dans les esprits des scieurs de bois notamment lorsque les lames des rubans touchaient un éclat d'obus. Les bois ont tellement été mitraillés dans notre secteur qu'il n'est pas rare d'en retrouver les traces en sciant, aujourd'hui encore, soixante-cinq ans après.
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