LE MENIL - SOUVENIRS DE LEA LAURE PARMENTIER VVE AIME DECHAMBENOIT

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Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 15:50

Mes parents avaient deux fermes situées l'une au dessus de l'autre dans la colline des Granges au Ménil.
Mon père est décédé en mars 1929. Nous vivions donc là avec ma mère et mes quatre frères. Simon était né en 13, Maxime était de 18, Edmond de 19, et Adrien de 22. Je suis de 20.
Nous vivions habituellement dans la ferme du bas, tant qu'il y avait du foin pour les bêtes, ensuite nous montions les bêtes dans la ferme du dessus.

J'aurais préféré être un gamin, j'aurais été chouchouté comme mes frères. Ma mère me disait toujours « Va vite, tu seras belle, va vite tu seras belle ».

En 1940, mes frères Maxime et Edmond ont été fait prisonniers, plus tard Adrien a été requis pour le STO. Simon a réussi à s'échapper, il est revenu depuis la Haute Saône avec son cheval.

Ma mère faisait la soupe et les fromages. Avec Simon je faisais le reste des travaux de la ferme, de la traite des vaches à la culture des champs. Nous avions neuf vaches et treize champs cultivés, ça donne une idée du travail à faire. Heureusement que des gens comme Gaby Houbre ou « Justine du Vétérnat », (Justine Valdenaire - Ndr), venaient nous donner un coup de main de temps en temps.

Je me souviens du jour où on a vu un homme qui descendait les Granges à pied. Il était tellement mal « étriqué » (traduction –Habillé - Ndr), qu'on ne l'avait pas reconnu, c'était Joseph Hingray du Ménil. On le connaissait bien, avec ses frères il venait souvent chez nous avant la guerre. Nous n'avons pas parlé, il est parti vers les Essieux. Nous avons su qu'après qu'il avait été fait prisonnier lui aussi mais qu'il s'était échappé.

Je me souviens d'un jour où je gardais les vaches au champ avec « Georges Séraphin » (Georges Chevrier -Ndr), sur les flancs de la « Tête des Champs ». Il y a eu un combat d'avions au dessus de nos têtes, nous nous sommes cachés près d'une grosse pierre. Le combat n'a rien donné mais on a eu une belle frousse.

J'ai bien eu du mal, je faisais un travail d'homme à la ferme et pour avoir entendu mes frères à leur retour de la guerre, je peux dire que pendant ces quatre années là, j'ai eu plus de mal qu'eux. Il m'arrivait de travailler jusqu'à deux heures du matin, ce qui n'était pas leur cas. Ce qui les avait surtout perturbés, c'était de ne plus pouvoir garder les habitudes de la ferme.

Simon a été requis plusieurs fois pour aller faire des tranchées pour les Boches, à côté de la Chapelle de la Pitié. Une fois il s'est enfui des tranchées, je l'ai retrouvé caché « aux canards », un endroit plat dans les noisetiers où j'allais cacher mes vaches pour ne pas qu'elles soient réquisitionnées. Simon savait qu'il me trouverait là, je ne sais pas ce qui s'était passé, mais visiblement il avait besoin de se « reconsoler » (Traduction - reprendre ses esprits - Ndr).

Il dormait ensuite dans la ferme du Haut où on hébergeait aussi Mme Picard. Cette femme seule vivait jusque là avec son gamin de 13 ans et sa gamine dans une ferme un peu plus bas que chez nous, mais comme leur unique vache avait été prise par les Boches, nous avons recueilli ces gens- là.

Simon a probablement été vendu. Le 07 octobre 1944, on est alerté par le bruit d'un char qui s'arrête à proximité de la maison du bas où je me trouvais avec ma mère.
Le canon du char pointait la ferme du dessus. On ne comprenait pas ce qui se passait.
Il y a eu une invasion de « vert de gris » dans notre secteur, certains se sont rendus là où se trouvait Simon et l'ont embarqué. Sous escorte il est revenu près de chez nous et nous a dit en passant « hè m'emmoueno ! » (Traduction : Ils m’emmènent ! - Ndr). Nous sommes restés là, estomaqués, et n'avons pu dire un mot de plus. Il a pris place sur le char et les boches sont redescendus au village. Ce sera la dernière image vivante que nous garderont de Simon.
Nous avons su par la suite par Yvette Petitjean qu'un peu plus tard, le char était passé par la Croix du Seu avant de se diriger sur Travexin.
A Ventron, un homme qui travaillait en bas de son pré et qui connaissait Simon a vu le char passer et a reconnu Simon. Il lui a dit « Qu'est ce qu'o t'fah tolo? » (Traduction : qu’est ce que tu fais là? - Ndr). Simon a demandé « Quoi?» et la conversation s'est arrêtée là. A ce moment là, notre frère était pied nu. Probablement qu'il s'était fait réquisitionner ses souliers tout neufs qu'il venait d'acheter trois jours avant Chez Spiller à St Maurice.

Lorsque les Boches réquisitionnaient les maisons, ils se nourrissaient sur place. Lorsqu'il décidaient de tuer une vache, ils ne mangeaient que les bons morceaux et abandonnaient le reste sur place. Sur les neufs vaches que nous avions avant la guerre, il ne nous en restait plus que trois fin 1944. Pour ne pas qu'on nous prenne celles- là, nous les avons dispersées au village. Avec Paulin Houbre et Raymond Philippe, on en a mis une à l'usine du Pont Charreau, une autre chez « Mimile Torin du bon », (Emile Valdenaire - Ndr) et la troisième chez Marcel Thomas.

Je me souviens qu'en 1943, nous avions tué un veau. On avait salé la viande puis mise dans des pots de gré. Nous avions partagé ce veau avec les gens du maquis. C'est Pierrot Noni, (Pierre Chevrier - Ndr), qui est venu chercher cette viande. Nous préférions partager avec les maquisards qu'avec les Boches.

Plus tard fin 1944, nous avons dû également quitter Les Granges en raison des bombardements. Nous sommes allés nous réfugier chez Henri Louis, au Pont Charreau. Les enfants d'Henri Philippe se trouvaient déjà là, ils venaient de perdre leur mère qui avait sauté sur une mine au Pont Châly.
Je me souviens qu'en descendant au pont Charreau, je portais deux grosses bandes de lard, croisées sur mes épaules.

Mes frères sont revenus en 1945 mais nous n'avons jamais eu de nouvelles de Simon. On nous a dit qu'il n'était jamais arrivé en Allemagne jusqu'à ce qu'un article dans le bulletin municipal de 1994/1995 nous apprenne qu'il était signalé mort le 04 mars 1945 au Camp de Buchenwald en Allemagne.
Le pauvre, il n'était déjà pas gras quand il est parti, il a dû rapidement souffrir de la faim.
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Re: LE MENIL - SOUVENIRS DE LEA LAURE PARMENTIER VVE AIME DECHAMBENOIT

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 15:51

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