LE MENIL - SOUVENIRS D'ODETTE LOUIS - VVE GUSTAVE TUAILLON

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LE MENIL - SOUVENIRS D'ODETTE LOUIS - VVE GUSTAVE TUAILLON

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 15:54

Je suis née en 1921, aux Fenesses, au Ménil, à la scierie communale qui était tenue par mon père.

Plus tard, nous avons déménagé pour aller à la ferme Shoendorff, sous l'écluse, aux Granges du Ménil.
Papa est décédé en 1938, nous nous sommes donc retrouvés seuls avec maman. A ce moment-là, j'avais une grande sœur qui était mariée avec Marcel Thomas, deux petits frères et deux petites sœurs.
J'ai travaillé comme rattacheuse au tissage Philippe alors que mes frères et sœurs travaillaient au tissage Schoendorff, du Pont Charreau.

Le Ménil étant un peu à l'écart des grands axes, je n'ai pas de souvenir particulier du début de la guerre. J'ai travaillé au tissage jusqu'à ce que je me marie, en 1943.
A partir de ce moment là, je suis partie avec mon mari qui avait trouvé un emploi dans la ferme d'état de Mirecourt Ravenel. A Ravenel, il y avait déjà là un hôpital, ainsi qu'une grosse ferme.

La ferme du domaine comptait plus de cinquante vaches laitières. Il fallait donc du monde en conséquence pour travailler sur l'exploitation. Gustave, mon mari avait la charge des quarante trois génisses qui venaient compléter le troupeau. Il y avait au moins trois fermes sur cette exploitation, une pour les vaches, une pour les chevaux, une pour les génisses. Un couple, nommé Pierrel, venant de St Maurice travaillait aussi là avec nous.

Le fait de vivre dans cette grosse ferme a fait que nous n'avons manqué de rien, même si nous n'avions par pour autant tout ce que nous aurions voulu.

En 1944, les Américains sont arrivés et se sont installés là. Nous nous sommes retrouvés à environ six mille personnes sur ce site.

Le 23 novembre, ou décembre 1944, un avion allemand est venu bombarder l'hôpital de Ravenel qui était maintenant tenu pas des Américains.
A ce moment- là, je me trouvais dans ma cuisine et je tenais ma fille, âgée de quelques mois, dans mes bras. Elle avait la tête dans le creux de mon bras gauche et les pieds sur mon bras droit. Une balle d'avion a ricoché par terre et est venue me fracasser le bras droit. Cette balle d'avion, de 18 centimètres a traversé mon avant bras puis mon bras, m'occasionnant plus de quarante fractures. Par miracle, ma gamine n'a pas été touchée. Ce jour là, seule une autre personne a été blessée, mais ce militaire s'est fait mal au talon en descendant se cacher dans les égouts.

J'ai été transportée immédiatement à l'hôpital où j'ai été soignée par des Américains. J'ai été plâtrée et au bout d'une dizaine de jours je suis revenue chez moi. Ensuite régulièrement, pendant plus d'un an, je retournais à l'hôpital, environ tous les deux jours, pour le suivi.

Le lendemain matin de ma blessure, lorsque mon mari s'est occupé de notre gamine, il a eu une nouvelle frayeur, il a constaté que ses langes étaient pleins de sang. En fait, c'était mon sang qui avait taché sa couche.
Pendant plus d'un an j'ai été obligée de mettre ma main droite dans ma poche avec ma main gauche. J'ai bien été obligée de me débrouiller mais j'avais pu mettre ma gamine en pension chez ma grande sœur au Ménil. Gustave ne pouvait pas s'occuper d'elle et travailler à la ferme en même temps.

Ma blessure a engendré par la suite une atrophie de ma main droite et mes doigts ont commencé à se replier de plus en plus à tel point qu'ils commençaient à me blesser la paume de la main. Les médecins n'ont eu d'autre solution que de me couper deux doigts.

Aujourd'hui, bien que je me sois habituée à mon handicap, puisque je ne peux plus me servir de mon bras droit, des douleurs se font toujours ressentir, surtout lors des changements de temps. J'ai dû devenir gauchère, je suis pensionnée pour cela.

Nous sommes revenus vivre au Ménil vers 1946/1947. Même si toute cette affaire là appartient au passé, mon bras me rappelle chaque jour qu'à l'âge de 23 ans, la guerre est venue entraver ma vie
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