LE THILLOT - SOUVENIRS DE VICTORIN GRISVARD

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LE THILLOT - SOUVENIRS DE VICTORIN GRISVARD

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 16:35

Au début de la guerre, je travaillais au tissage Rouillon, sur la route du Ménil. Avec l'entrée en guerre, il n'y avait plus de travail alors de 1940 à 1942, j'ai travaillé dans une ferme à Lépange.
Là, Paul, le fils à Charles Souvay, avait été fait prisonnier. Ses parents cherchaient un commis de ferme pour les aider.

Pour mes 20 ans, en 1942, j'ai été requis pour le STO .
Pour quelques jours seulement, j'aurais pu éviter d'aller en Allemagne puisque les jeunes gens nés en 43 n'ont pas été requis. Comme j'étais né le 17 décembre 1922, j'ai été appelé.

Après avoir passé les visites d'aptitude au travail devant des médecins allemands à Epinal, nous avons été directement embarqués dans des trains et direction l'Allemagne.
J'étais avec un nommé Charles Valdenaire du Ménil, il est mort maintenant, et Fernand Grandjean, le fils d'un gendarme du Thillot, également décédé.
J'ai failli m'échapper lorsque le train s'est arrêté à Belfort. J'ai expliqué à Fernand ce que je voulais faire mais il m'a dit que son père lui avait dit qu'on n'était requis que pour deux mois et que ça ne valait pas la peine de prendre tant de risques.
J'ai hésité et tout compte fait j'ai repris le train. Il faut dire aussi qu'on n'avait pas vraiment le choix, on nous avait bien expliqué que le refus des uns se reporterait sur les autres membres de la famille.

En fait de deux mois, ce sont deux ans que nous avons fait.
Nous nous sommes retrouvés à Munich où j'ai gravité dans ce secteur. J'ai travaillé dans une usine de poudre à canons.

Nous devions faire un mélange avec du papier et une sorte d'acide. Le papier devait être haché menu, s’il se mettait en boulette, ça faisait une réaction et ça foutait le feu à l'usine.
Nous n'avions pas grand chose à manger, ça n'a pas été facile tous les jours.
Je me souviens que j'allais à la gare de Munich, je repérais les gens qui fumaient et je récupérais leurs mégots. Avec plusieurs mégots de refaisais des cigarettes avec du papier journal et je vendais mes cigarettes aux Russes.

Les Russes préféraient fumer que manger alors j'échangeais les cigarettes contre leur pain, ce qui améliorait mon ordinaire.

Quelques jours avant la libération, ça a commencé à bombarder sur Munich, je ne voulais plus dormir au camp, nous avions droit à un rayon d'action de 10 Km autour du camp.
J'avais repéré une sorte de petite grotte, j'en camouflais l'entrée avec des branches et c'est là- dedans que je passais les nuits. De là, je voyais tomber les bombes sur Munich.
Nous avons été libérés par les Américains. Nous sommes restés là quelques jours, nous avions pu récupérer de la margarine et des patates ce qui fait qu'on mangeait des frites tous les jours.

Nous avons été remis dans des wagons à bestiaux et sommes revenus en France, en train, en passant par Metz.
L'année 1945 était déjà bien entamée lorsque je suis revenu au Thillot. Arrivé à la maison, je suis tombée sur une bonne soupe de patates, croyez-moi, je lui ai fait honneur.
Voyez vous, Il y a beaucoup de choses que j'ai oubliées plus de soixante ans après, mais si je me souviens de cette soupe de patates, c'est simplement parce que j'avais connu la faim auparavant.

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