LE THILLOT - SOUVENIRS DE RENÉ DIDIER

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LE THILLOT - SOUVENIRS DE RENÉ DIDIER

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 16:37

Comme beaucoup à la débâcle de Juin 40, j'ai pris place à l'arrière d'un des trois camions Berlier qui nous attendaient à la gare du Thillot pour nous conduire vers le sud et échapper ainsi aux Allemands.
Il y avait un camion des transports Léon Philippe, un camion des transports Peureux le troisième de la Tannerie Grosjean. Ils étaient conduits par les dénommés Perneclet, Dimitri et Colle.

Les plateaux des camions étaient pleins, nous étions peut être une centaine sur les trois camions. Je me souviens de la présence d'André Antoine, Michel Galmiche, Germain Anthony.
Nous sommes descendus comme ça jusque dans le Tarn, en passant par Clermont Ferrand. Nous nous sommes arrêtés à Viane -Pierreségade, au nord- est de Castres.
A un moment, nous avons décidé de revenir, l'armistice ayant été signé. Les camions nous ont remontés jusque Bourg en Bresse et de là il nous a fallu nous débrouiller à pied.

Nous avons passé la ligne dans le secteur de Poligny/ Arbois/ Mouchard. Nous nous sommes débrouillés sans passeur. A cet endroit la ligne était constituée par une petite rivière que nous avons franchie par groupes de deux.
Nous sommes revenus à pied. On marchait de manière isolée et le soir, les premiers attendaient les derniers et on se regroupait pour passer la nuit.

C'était vers la fin du mois de septembre, heureusement qu'il y avait des pommes, nous ne mangions que ça.
Une fois seulement, dans une ferme où on avait demandé si on pouvait y dormir, une femme nous a proposé une soupe au lait, autrement c'étaient des pommes.

Lorsque nous sommes arrivés à Lure, le chauffeur du car a bien voulu nous prendre et c'est comme ça qu'on a rejoint le Thillot. On n'était pas beau à voir lorsqu'on est revenu. Pas lavé, pas rasé, les habits déguenillés, on faisait peine à voir, mais le principal était d'être toujours vivant.

J'ai repris mon travail à l'usine Georges mais ça n'a pas duré longtemps, les entreprises ont été obligées de communiquer la liste des ouvriers et c'est comme ça que j'ai reçu ma convocation pour aller travailler en Allemagne.

Je suis parti par le train le 05 novembre 1942. Nous avons fait une halte à Strasbourg et un officier allemand nous a dit, lors d'un beau discours, que nous serions biens traités et que nous aurions à manger de façon très convenable.

Nous étions quatre du secteur à partir en Allemagne dans ces moments là, il y avait André Antoine, Michel Galmiche, André Brice, et un nommé Arnold de St Etienne les Remiremont.

Nous avons poursuivi notre route, toujours par le rail et nous avons débarqué à Brême où nous sommes restés quelques jours. Nous dormions dans un baraquement qui n'avait ni porte ni fenêtre.

Ensuite nous avons été répartis sur différents sites: Liepzig, Berlin etc. Nous avons repris place dans des wagons à bestiaux pour rejoindre nos affectations. Ce jour là, nous n'avons jamais vu passer notre assiette de soupe.

J'ai été affecté à la Wesserflug, une usine qui fabriquait les avions Stuka, à Berlin-Tempelhof précisément. Des gens de toutes nationalités travaillaient là.
L'usine se trouvait à proximité du terrain d'aviation utilisé par Adolphe Hitler. Je ne l'ai jamais vu personnellement, par contre on voyait son avion, c'était bien assez.
Dans cette usine, les tôles entraient d'un côté et des avions ressortaient de l'autre. Moi j'étais à la pose des rivets. J'avais une machine pneumatique.

Nous tous étions hébergés dans une sorte d'hôtel à Schmargendorf, distant de notre lieu de travail par une demi- heure de métro. Nous partions le matin vers 06h00 et revenions le soir.
Lors des alertes nous descendions nous réfugier dans les sous sols de l'hôtel. Je ne sais pas si c'était la bonne solution, si le bâtiment avait dû s'effondrer, nous aurions été faits comme des rats.
Quelquefois il fallait descendre aux abris plusieurs fois dans la même nuit, alors on tentait de resquiller et de rester en chambre.
Ces événements nocturnes ne nous exemptaient pas d'aller au travail le lendemain, à moins que la ligne de métro n’ait subi des avaries, mais elle était très rapidement réparée. Comme un hôpital se trouvait près de notre hôtel, ça explique peut être le fait qu'on n'ait reçu aucun obus sur la tête.
Nous avions des cartes d'alimentation qui nous donnaient droit à un peu de nourriture. Nous avions droit à aller à la cantine de l'usine le midi mais pour les autres repas, il fallait qu'on se débrouille.

Pour être tout à fait honnête je dois dire que les Allemands n'avaient pas plus à manger que nous.
Par contre, ce n'était plus le même son de cloche qu'à Strasbourg, là on nous a bien fait comprendre que si on ne travaillait pas, on ne mangerait pas non plus.
J'avais un passeport rouge pour me déplacer en Allemagne et un autre pour revenir en permission.

J'avais passé un accord avec Dédé Brice du Thillot. Nous savions que le premier des deux qui partirait en permission ne reviendrait pas. Le hasard a fait que je parte avant lui, ce qui fait que je suis revenu au Thillot en février 1944 pour vingt jours de permission et que je ne suis pas reparti en Allemagne.
Dédé Brice a donc fait presque un an de plus jusqu'à ce qu'il soit libéré par les Américains.

Pour ma part j'étais allé me cacher dans une ferme sur les dessus de Servance en Haute Saône, chez Placiard Abel, lequel était prisonnier. Je suis resté là jusqu'au mois de mai 1945.
Les choses ayant changé, j'ai voulu rendre la monnaie de leurs pièces aux Allemands et je me suis engagé à Dijon .
Ma revanche a été limitée du fait que l'armée française était devenue à son tour une armée d'occupation en Allemagne et que je m'étais retrouvé dans l'armée de l'air, la FATAC ( Force Aérienne Tactique).
Je me suis retrouvé à Lhar en Allemagne, à travailler dans un garage. Comme je m'étais engagé pour trois ans j'ai été démobilisé en juin 1948.

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