LE THILLOT - SOUVENIRS DE MARCEL MILLOTTE

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LE THILLOT - SOUVENIRS DE MARCEL MILLOTTE

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 16:39

En 1940, comme tous les hommes du village, j'ai quitté le Thillot pour aller me réfugier dans le sud de la France.
Je suis parti à vélo avec Jean Stott et Marcel Perry du Thillot. Jean Stott n'avait pas eu de chance puisque l'ordre de départ est tombé alors qu'il venait de revenir en permission.
Nous sommes donc partis tous les trois à bicyclette alors que bon nombre de gens partaient à pied avec des charrettes et quelques biens. Même pour se déplacer à vélo, ce n'était pas aisé tellement c'était la pagaille sur les routes.

Nous venions de passer Clerval (Doubs), il ne nous restait que dix neuf kilomètres à faire lorsqu'il nous a fallu rebrousser chemin. Les Allemands nous avaient dépassés et se trouvaient maintenant devant nous.
Ça a été encore plus compliqué pour revenir car il nous fallait passer entre les troupes d'Allemands sans être fait prisonniers.
Heureusement que nous avons été bien renseignés par la population, partout où nous passions. Les gens nous donnaient des tuyaux sur les itinéraires à emprunter.
Tous les ponts avaient sauté, les autres étaient gardés, il nous a fallu passer par des bois et à travers champs.
A Baume les Dames, je me souviens avoir traversé une rivière en équilibre sur une murette qui constituait une sorte de digue.
Nous avons trouvé les premiers soldats français dans les environs de Lure.

Nous sommes rentrés au Thillot la veille du jour où la poudrière du Thillot a sauté, et avec elle, une bonne partie du quartier de la gare.
Le village faisait triste mine, avec la mairie brûlée, le pont de la gare sauté, le pont de la Courbe sauté et tous les dégâts dans les rues.
Nous avons alors été requis pour restaurer le village. Bien sûr, nous n'avons pas été payés.

S'en sont suivies les réquisitions qui petit à petit nous ont privés de tout, de nourriture, de matériel. La vie était uniquement suspendue aux divers tickets de rationnement, la radio était interdite, vraiment, la vie n'était pas facile.

Le 17 Juin 1943 j'ai été requis pour le STO
Nous nous sommes retrouvés au camp de Töging, à l'Est de Muhldorf, en Haute Bavière. Nous étions donc à proximité du camp de concentration de Dachau et il ne fallait pas faire grand chose pour qu'on change de camp. A cet endroit, il y avait des prisonniers militaires et des Français requis pour le STO comme moi.
En dehors du lieu de travail, nous n'avions pas le droit de communiquer avec les prisonniers, même dans la baraque où se déroulait la messe, il y avait une travée pour eux et une autre pour nous.
Il n'y avait pas beaucoup de différence entre nos conditions de détention, à la différence près que les prisonniers avaient droit à des colis de la croix rouge mais pas nous.
Un autre exemple, les camps de prisonniers étaient visités de temps à autre par des gens qui vérifiaient si leurs conditions de détention étaient conformes à la convention de Genève.
De notre côté, comme nous n'étions pas prisonniers, notre camp n'était pas tenu d'être conforme aux directives de cette convention.

Je travaillais dans une fonderie d'aluminium où étaient produites des pièces pour l'aviation.
Il y avait presque un kilomètre entre notre camp et l'usine où nous travaillons. Chaque trajet, nous le faisions en rang par deux ou trois et étions encadrés par des sentinelles armées.
Nous ne recevions pas tous les colis que nous envoyaient nos familles et le courrier était contingenté. Nous ne pouvions écrire que quelques lignes qui étaient soumises à la censure.
J'étais avec un nommé Jean Mougel de La Bresse et un nommé Martin de Vecoux.
Il y avait aussi avec nous des Parisiens, pas mal de jeunes originaires de Loire Atlantique, de Haute Saône, de la Côte d'Or, du midi.
Bien que nous ayons des permissions, je n'ai pas eu la chance de revenir. Le système des permissions consistait à faire signer un gars sur la permission, c'était une sorte de gage et si le permissionnaire ne revenait pas, celui qui avait signé sa permission ne pouvait plus partir. C'est ce qui m'est arrivé après avoir signé la permission d'un Parisien.

A l'arrivée des Américains, ils ont dû affronter une certaine résistance. Tous les Allemands en âge de se battre le faisaient. Il y avait même des gosses, de quinze ou seize ans qui tenaient des batteries dans la DCA allemande. Comme nous étions à l'écart des grandes villes, la prise du village n'a duré qu'un jour.
Nous sommes restés un moment sur place avec les Américains. Enfin, nous avons mangé à notre faim ce qui ne nous était plus arrivé depuis bien longtemps.
Ensuite les Américains nous ont conduits à Munich en camion, à bord de G.M.C et nous avons pris le train pour revenir en France.
Il nous a fallu passer par Metz, où se trouvait le bureau de recrutement et où nous avons passé des batteries d'examens médicaux.
Lorsque je suis revenu d'Allemagne, en juin 1945 je n'étais pas gêné par la graisse comme maintenant.

Comme nous n'avions pas fait de service militaire, nous avons appris que nous devions faire six mois pour la patrie. Je ne sais pas trop pourquoi mais cette loi n'a pas passé ou a été abolie rapidement.
Toutefois, comme je travaillais initialement aux Ponts et Chaussées, j'ai quand même été affecté à la restauration des ponts. Nous travaillions avec le Génie. J'ai donc été appelé plusieurs fois pour assister aux opérations de lancement de ponts Bailey, un peu partout dans la région.
Il s'agissait de ponts provisoires formés de grands panneaux que nous mettions bout à bout et qui s'assemblaient avec de grosses clavettes.
Je travaillais donc par période de quelques jours jusqu'à ce que j'arrive à un total de six mois. Ces périodes se sont échelonnées bien longtemps après la guerre.

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