LE THILLOT - SOUVENIRS DE MICHEL THIEBAUTGEORGES

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LE THILLOT - SOUVENIRS DE MICHEL THIEBAUTGEORGES

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 17:00

Début septembre 1939, Arthur Pierrel qui était fossoyeur au Thillot, et employé communal, vient chercher mon frère Claude, pour sonner le glas. Mon frère n'étant pas là, c'est moi qui y suis allé à sa place, j'avais 16 ans et demi. Le mécanisme de l'église étant déjà électrique, j'ai appuyé sur le bouton, durant une bonne heure. C'était la déclaration de guerre.

Suite à cela s'est déployé au Thillot, le Bataillon Autonome 200 qui était composé de territoriaux, c'est à dire des gens du secteur qui avaient pour mission de faire de la surveillance générale. Ils avaient déjà été mis en alerte lors de la fausse mobilisation de 1938.
Ils avaient entre quarante et cinquante ans environ, patrouillaient sur le secteur, avaient des uniformes bleus.
Une partie d'entre eux, logeait chez mes parents, notamment le Peloton Routier. D'autres couchaient à la coopérative agricole. Ils s'entraînaient au stand de tir de La Ravanne à Ramonchamp. Ces gens-là faisaient aussi la circulation lors de passage de convois militaires.
La situation générale reste relativement calme jusqu'au 8 ou 10 mai 1940, où un avion bimoteur Dornier allemand a été pris en chasse par quatre chasseurs biplans de Luxeuil.
Ce combat aérien s'est passé au dessus du Thillot et l'avion ennemi a été abattu, il s'est écrasé à La Pile, un lieu dit du Haut du Them (70). Deux passagers de cet avion ont pu sauter en parachute, ils ont été faits prisonniers et conduits à la Gendarmerie du Thillot. Les deux autres passagers ont été tués, il y avait un catholique et un protestant. Ils ont été enterrés provisoirement au Thillot.
Dans les tombes, les fossoyeurs français avaient enveloppé les cercueils de branches de sapins pour qu'ils restent en bon état jusqu'au jour où ils seraient relevés.

La débâcle de Juin 40 est arrivée, ce qui s'est soldé par des transports de troupes incessants.
Les Juifs qui habitaient le Thillot ont fui le village vers le 8 ou 9 Juin. Ils sont tous partis sans dire un mot, sans même dire au revoir à leurs voisins. Un seul est resté encore un peu, le père Feitz qui était boucher.
La population du Thillot a été évacuée une première fois sur le conseil de l'armée française. Les gens se sont éparpillés dans les alentours, moi je suis allé au Ménil, chez Damas Grosjean qui tenait un café au Pont Charreau. Les femmes et les gosses sont restés là et les hommes sont montés à la Revauche dans une ferme inhabitée.
Pour retarder l''avancée ennemie, les Français du 43ème chasseur Pyrénéen ont fait sauter au Thillot, les ponts, les passages à niveau et la poudrière dont personne ne soupçonnait la présence.
Ils avaient aussi barré les rues en plantant des troncs de sapins sur les chaussées. En fin de compte, tout cela n'a rien retardé du tout.
Je me trouvais à la Revauche, au Ménil lorsque les Allemands ont incendié le centre du Thillot. Je crois que c'était en représailles car le premier Allemand qui était arrivé au Thillot avait été abattu. C'était un motard.
Nous sommes revenus au Thillot quelques jours plus tard pour constater les dégâts. Le bistrot de mes parents était bien endommagé. Il nous a fallu monter sur les toits où il n'y avait plus une tuile. On en récupérait à droite, à gauche, pour refaire un toit. Certains sont allés jusqu'à Altkirch (68), avec des voitures à cheval pour ramener des tuiles.

La nuit du 31 décembre 1940, nous avons été pris de panique par des rafales et des tirs dans tous les sens. C'étaient les Allemands qui fêtaient la nouvelle année. Après cette invasion ennemie, j'ai repris mon poste de facteur au Thillot, que je tenais depuis mai 1939.
Le maire avait demandé que l'on ramasse les sacs postaux de la poste aux armées qui traînaient un peu partout. J'avais donc obtenu un laissez-passer signé des Boches, ce qui me donnait un peu de liberté. Ça m'a permis de récupérer pas mal d'armes, comme des mousquetons, que je trouvais ça et là. Je les cachais à la Mouline dans une petite carrière, elles étaient dissimulées par des branches. En fin de compte, je ne me suis jamais occupé de ces armes et je ne sais pas ce qu'elles sont devenues.
Le temps passe jusqu'à ce jour de 1942 où j'ai été désigné pour aller travailler en Allemagne. Toutes les entreprises et administrations devaient fournir une liste de gens.
Le STO n'existait pas encore, nous étions des Requis.
Pour ma part, j'ai devancé mon appel parce que j'étais “pistonné” par la gendarmerie française qui voulait me vendre aux Schleux. En effet, j'étais soupçonné d'avoir détourné du courrier qui était destiné aux administrations, française et allemande. Un gars du Thillot a été fusillé à Epinal dans ces circonstances.

Un militaire en retraite, qui tenait la poste du Thillot à ce moment-là, m'avait dit de lui détourner tout ce qui était adressé à la Kommandantur d'EPINAL.
Le but étant d'avoir un coup d'avance sur certaines décisions. Avec un linge humide et un fer à repasser on décollait les enveloppes, on lisait leur contenu et on ne faisait repartir la lettre que deux ou trois jours plus tard, voire même on la détruisait.
Ça nous permettait de prévenir telle ou telle personne de ce qui se tramait. A force, ce petit manège a attiré l'attention et j'ai été dénoncé.
C'est pour cela que j'ai devancé l'appel. J'avais fais la connaissance d'un mosellan qui se trouvait sur Cornimont. Il devait lui aussi aller travailler en Allemagne.
Il m'avait demandé de partir avec lui, ce devait être pour trois mois à l'époque, en fin de compte, en fait de trois, j'ai fais trente trois mois. Je suis parti à la fin du mois de juillet 42 et me suis retrouvé chez Mercedes-Bentz à Unterturkheim, sur le Neckar, à côté de Stuttgart comme monteur électricien alors que je n'avais rien d'un électricien.

Nous avions une carte d'identité pour travailler à l'usine, un passeport pour circuler et des tickets de rationnement, tout comme en France. Contrairement à beaucoup d'autres qui ont tout brûlé, pour diverses raisons, moi j'ai gardé tous mes papiers. Ils sont une preuve de notre passé sous l'occupation.
C'est comme ça que j'ai fait la connaissance d'un Allemand, un nommé Oppermann qui avait travaillé jusque 1938 pour la banque de France à Paris. En Allemagne il était responsable des ouvriers étrangers. Au départ il croyait que j'étais Polonais.
Le hasard a fait qu'il avait habité dans le 18° arrondissement et qu'il connaissait ma tante qui y habitait également.
Ce lien a contribué à assouplir mes conditions de vie et je suis revenu en permission au mois d'octobre 42 pour huit jours.
On m'avait bien fait comprendre que si je ne rentrais pas de permission, c'était mon frère Jean, qui était prisonnier, qui trinquerait.

J'ai joué le jeu et je suis reparti à Unterturkeim, je suis revenu encore en permission au mois de mars 43.
Nous avons été bombardés, entre autres, les 17 et 18 décembre 1943 puisque je vois sur mes papiers que j'ai été reconnu comme sinistré ces deux jours-là et remboursé de 29 Marks et de 60 Marks pour un imperméable brûlé et un bleu de travail ainsi que des affaires personnelles détériorées. Ces sommes m'ont été remboursées le 19 avril 1944.

En juin 1944, suite à un problème de santé à une jambe j'ai été réformé du poste que je tenais, j'en ai profité pour demander un rapprochement avec mon frère, rapprochement que j'ai obtenu

Mon frère avait été mobilisé en 1939 et fait prisonnier en 40 à St Dié. Il était infirmier à l'armée. Il se trouvait dans un camp à Obernheim dans le Sud Ouest, près de la Forêt Noire. C'était le seul village catholique du secteur, les autres étaient à dominante protestante. Mon frère s'était probablement retrouvé là parce qu'il était séminariste
Je suis revenu une troisième fois en permission en 44, pour une durée de quinze jours. Inutile de dire que je n'avais vraiment pas l'intention de repartir mais on m’a fait comprendre qu'on prendrait en échange un autre de mes frères, alors je suis reparti tout de même au bout de six semaines.
En septembre 1944, nous avons vu arriver les déportés de Belfort où tous les gens de 16 à 65 ans ont été déportés.
Parmi eux se trouvaient sept jeunes de 16 ans, j'en ai pris deux sous ma coupe. Je me souviens encore du nom de certains, il y avait les nommés, Fernand Tuet, Masson, Mansion, Bugy, Lafond. (retranscription phonétique des noms -Ndr).

Là j'ai travaillé dans une usine qui faisait des pièces de fusées V.1 et V.2. On travaillait de 06h à 18h, si bien que l'hiver, on ne voyait pas le jour.
Au mois de Mars 1945, un ordre est passé. Il fallait séparer les membres des mêmes familles qui se trouvaient dans les mêmes bleds. Je me suis retrouvé à côté de Sigmaringen, à Riedlingen exactement, pour le compte d'une usine en construction. Je me souviens qu'on était couvert de puces de punaises.
Nous sentions bien que c'était la fin de la guerre alors le jour du Vendredi Saint, avec un espagnol et un Belge Flamand, nous avons décidé de nous carapater et de retourner à Obernheim. On a fait les 60 kilomètres, tantôt à pied tantôt en train. J'ai retrouvé mon frère le matin de Pâques. Je me suis caché jusqu'au 20 avril.
Je n'ai donc pas été libéré par les Américains puisque je m'étais libéré tout seul. Je me souviens être monté avec deux autres gars dans le clocher de l'église juste avant l'arrivée des alliés et y avoir planté un drapeau français.
Avec mon frère, nous sommes allés à la rencontre des Français qui arrivaient avec leurs chars et on leur a demandé s'ils ne pouvaient pas venir libérer le village qui se trouvait un peu à l'écart de l'axe sur lequel ils se trouvaient.
Ils sont venus et nous avons fait vingt-trois prisonniers. Il faut dire que les Allemands ne se battaient plus, ceux- là se sont rendus spontanément.
Nous avons appris à cette occasion qu'il y avait une compagnie de SS dans un village un peu plus loin à Martinsberg.
Avec les prisonniers de guerre nous sommes donc partis à pied jusqu'à Tieringen où nous avons été pris en compte à bord de camions GMC qui nous ont déposés à Kehl, près de Strasbourg.
A Kehl, nous sommes passés à l'épouillage, sous des tentes. C'étaient des prisonniers allemands qui s'occupaient de nous.
Ensuite nous avons été conduits au centre de rapatriement de Mulhouse, puis, par le train, je suis arrivé à Lure (70). De là, je suis rentré au Thillot, ce devait être le 24 ou le 25 avril 1945

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Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 17:01

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