LE THILLOT - SOUVENIRS DE MARCEL KURTZMANN

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LE THILLOT - SOUVENIRS DE MARCEL KURTZMANN

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 17:15

J'ai commencé à travailler en 1939, j'avais alors 14 ans. Quatre ans plus tard, en 1943, les entreprises devaient signaler aux autorités le nom de leurs employés qui avaient plus de dix huit ans.
Je me suis donc retrouvé requis pour le STO.
Je suis allé passer visite à Epinal un beau matin. Les Allemands m'ont donné un papier m'indiquant que j'allais travailler à Karlsruhe en Allemagne dans une usine d'aviation Junkers.
L'après midi nous avons été mis dans le train, mais je suis descendu de l'autre côté du train et me suis enfui à contre voie.

Je me suis retrouvais donc réfractaire au STO, donc sans papiers d'identité puisqu'ils avaient été gardés par les Services du Travail Obligatoire d'Epinal.
Là, ça devenait compliqué pour moi parce que pas de papier signifiait aussi pas de ticket d'alimentation. Çà voulait dire également qu'on ne pouvait plus sortir dans la rue sans courir le risque de se faire ramasser.

Heureusement que Cécile Valence, qui était secrétaire de mairie au Thillot, me connaissait, elle me donnait des tickets de temps en temps, en douce.

Au bout de quelques temps, j'ai pris quelques libertés mais j'ai été pris dans une rafle au Thillot. J'ai été arrêté au mois de mai 44, dans la rue, au niveau du café Roueff. Comme je n'avais plus de papiers d'identité sur moi j'ai été conduit à Epinal où j'ai été emprisonné, à La Vierge.

Nous avons fait le trajet à l'arrière d'un camion. Il y avait avec moi Maurice Mougenot, dont la mère tenait le bistrot de la Gare au Thillot.
En passant à Rupt, sont venus nous rejoindre une femme qui était secrétaire aux établissements Laedrich, devenus maintenant Valrupt, un nommé Humbertclaude de Maxonchamp qui tenait une boucherie, en face du magasin Triconet maintenant, et un nommé Montémont de Grandrupt qui avait dû ravitailler un maquis ou quelque chose comme ça ..

Au bout d'une dizaine de jours, dans cette prison, des volontaires ont été demandés. Suite à des bombardements qui avaient eu lieu sur le terrain d'aviation d’Essey les Nancy, il fallait de la main d'œuvre pour déblayer le terrain et le remettre en état.
Je suis donc allé sur ce terrain de Nancy. Même si la terre était dure à travailler, je préférais ça plutôt que de rester en tôle à Epinal.

Jusqu'au jour où j'ai entendu que le débarquement allié venait d'avoir lieu alors j'ai pris la décision de m'évader.
Un soir, j'ai passé une partie de la nuit caché dans un avion et j'ai pris la fuite à pied.
Je suis monté à pied de Nancy à Dombasle. A Dombasle j'ai pris un train qui était bondé d'Allemands, heureusement qu'ils ne m'ont rien demandé.
Je suis descendu du train à Epinal et ai pris contact avec un cousin qui était chef de police.
Le lendemain j'ai pris un train de marchandises et c'est comme ça que je suis revenu au Thillot dans le mois de juillet.

Avec l'arrivée des Alliés sont survenus de nouveaux bombardements et le Thillot a dû être évacué.
Jusque là, on voyait constamment passer les obus au dessus de nos têtes puisque les Français tiraient sur les Allemands depuis Ramonchamp – Ferdrupt et les Allemands leur tiraient également dessus depuis Le Thillot.

Il y a eu plusieurs morts dans la population civile.

Le 02 novembre j'ai quitté le Thillot avec mes parents et ai passé les lignes par le Ménil. J'ai suivi ce cortège qui passait par la Baraque des Italiens pour rejoindre le Col de Morbieux.
Là nous avons été un peu réconfortés par les soldats français qui nous ont offert un café sous une tente et nous sommes redescendus sur Saulxures sur Moselotte.

Je suis revenu quelques jours sur Rupt sur Moselle où j'avais de la famille, puis suis parti un temps sur Epinal, chez des gens de ma connaissance.
Ils m'ont trouvé un petit boulot pour le compte de l'armée américaine.
Chaque tant de temps, ou au bout d'un certain nombre de kilomètres, leurs véhicules devaient passer un contrôle technique. Moi j'étais affecté au contrôle des pneumatiques.
La voiture arrivait, je contrôlais l'état des pneus et le véhicule repartait sans même que le chauffeur ne quitte son volant

Au bout de huit jours, ne trouvant pas ce poste intéressant pour moi, j'ai quitté cet emploi.
Je suis encore resté chez ces gens quelques jours et le 26 novembre, ayant appris la libération des villages de la Haute Moselle, j'ai décidé de revenir au Thillot.

Je me souviens être parti ce jour là à 16h00, par un temps de chien.
Lorsque je suis arrivé à Ramonchamp je n'ai pas pu continuer ma route puisque tous les ponts étaient sautés. Il m'a fallu faire le tour par “le Plein de Fresse” pour pouvoir revenir chez moi aux cités de “La Courbe”.

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Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 17:16

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