FRESSE SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE ROGER CLAUDEL

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FRESSE SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE ROGER CLAUDEL

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 18:06

En 1940, pour ne pas être obligés d'aller travailler pour les « Fritz », avec quelques autres, nous avons tenté de rejoindre le sud, à vélo.
On n'est pas partis loin, arrivés à Lure, c'était tellement compliqué de circuler qu'on a décidé de revenir. Les routes étaient complètement encombrées, de voitures, de charrettes, de piétons.
On a pensé que la cinquième Colonne nous avait mis sur les routes pour créer la pagaille, alors nous sommes revenus avec nos vélos.

J'habitais aux cités de la gare à Fresse Sur Moselle. J'ai repris mon travail de tourneur à l'entreprise Duchêne.
En 1942, pour ne pas aller en Allemagne, j'ai préféré m'engager. Je suis allé à la gendarmerie du Thillot, j'ai rempli des papiers et me suis engagé pour trois ans le 10 mai 1942 dans l'armée d'armistice.. ( Voir lexique – Ndr )
Je me suis retrouvé affecté dans la 16ème division du Général De Lattre à Albi. Nous devions aller en Afrique mais comme Le Général avait été arrêté, le régiment a été dissout.
J'ai donc été placé en congé d'armistice puis démobilisé le 27/11/1942.
Je suis revenu trois jours à Fresse sur Moselle et je suis allé rejoindre mon frère qui travaillait à la SNCF à Torcy (Seine et Marne) près de Paris où se trouvait une immense gare de triage. J'étais à peine parti que les gendarmes se pointaient chez moi pour savoir si j'étais revenu. On voit que le mouchardage marchait bien.
A Torcy, je me souviens qu'on s'amusait à mettre du sable dans les roulements de roues des wagons qui partaient pour l'Allemagne ou pour la Normandie. C'était notre façon à nous de faire de la résistance.
Lorsqu'on décelait des wagons d'alimentation pour les Boches, on les détournait, ils partaient en réparation, et quand on les rendait, ils étaient vides. Personne n'y voyait rien puisque nous avions des plombs. Le wagon était remis dans des rames et partait comme ça. J'ai vu un wagon rester huit jours au triage, il contenait du Cointreau. Il est passé dans tous les services et quand le wagon est parti, il était vide.
Comme nous n'avions pas beaucoup à manger, on se servait.

Je me souviens du bombardement du centre de triage par l'aviation anglaise. ( Il s'agit probablement du bombardement du 29 mars 1944 -Ndr).
Les Boches ont pris place sur les canons de DCA et les chars qui se trouvaient sur les trains. Comme nous connaissions les endroits pour nous planquer, nous n'avons pas eu trop de mal.
Quatre cheminots seulement sont morts la fois- là, mais au moins 1200 Allemands y sont passés. Des trains entiers de munitions ont sauté.
Toute la gare de triage avait été ravagée par les bombes.
Je me souviens avoir vu une locomotive 24-2000, c'est à dire la plus grosse locomotive de la SNCF à l'époque, complètement ensevelie sous les gravats. On ne voyait plus que la cheminée, c'est vous dire l'intensité des bombardements.

Par la suite, nous avons été obligés de réparer tout le centre de triage, ce qui a pris un certain temps.
A l'annonce du débarquement de Normandie, je décide de revenir dans les Vosges. J'étais à peine revenu à Fresse que j'ai dû aller faire des tranchées sur les dessus de Fresse puis de St Maurice pour les Boches.
Je me méfiais, si je voyais des camions près de l'église de Fresse, je n'y allais pas, je ne voulais pas me faire ramasser.
On allait chercher les pelles près de l'église et on prenait le temps pour monter à pied sur St Maurice. Une fois arrivés là- haut, on n'en faisait pas lourd. Quand on revenait le soir, on jetait les pelles dans la forêt et on en reprenait une autre le lendemain matin.

A un moment j'ai été contacté par un copain, un nommé Bonnard. Il voulait que je parte avec lui dans la Marne où il travaillait dans une ferme avec d'autre gens du Thillot comme un nommé Dalanzy.
A cette époque là, je fréquentais une jeune fille et ça ne me disait guère de partir.
Nous avons su par la suite qu'un maquis avait fait sauter une ligne de chemin de fer à proximité de cette ferme. Les Boches ont mis le feu à la ferme. Les jeunes qui y travaillaient ont été attrapés par les Boches qui les ont fusillés.
J'avais bien fait de ne pas suivre Bonnard et si je n'avais pas connu cette fille je ne serais probablement pas arrivé à 85 ans. Ça m'a évité d'avoir mon nom sur le monument du Peu Haut.

Lorsque les alliés sont arrivés, on a tout de suite passé les lignes. On est partis à pied. Je me trouvais avec Gaston Million, Léon Tourdot et Marius Simon. Nous avons dû être dans les premiers à partir, le pont de Demrupt, au Ménil, n'était pas encore sauté.
Nous devions passer chez le curé du Ménil qui devait nous renseigner sur l'itinéraire à suivre. Lorsque nous sommes arrivés au Ménil, le curé n'était pas là, c'est la bonne du curé qui nous a expliqué sommairement ce qu'il fallait qu'on fasse.
On a eu de la chance, l'itinéraire était miné mais on est passé quand même, en plus il faisait presque nuit, ce qui ne facilitait pas la chose.
Je me souviens que sur le chemin dans la forêt, on est tombés sur un dépôt de grenades. Nous en avons mis dans nos poches, au cas où, et nous avons continué notre route.
Quand nous sommes tombés sur les parachutistes Français, vers Morbieux, on croyait que c'était des Boches. On ne connaissait pas leurs casques, mais un Français nous a appelés et on a compris qu'il n'y avait pas besoin de sortir les grenades. Nous avons passé la nuit avec eux.
Dans les jours qui suivirent, le 27 octobre 1944, avec Gaston Million, nous nous sommes engagés dans le 1er RACAOF ( 1er Régiment d'Artillerie Coloniale d'Afrique Occidentale Française ).
On pensait participer à la libération du restant de la vallée mais on a été dirigés sur Fresse en Haute Saône.
Depuis là nous avons délivré Belfort, puis l'Alsace. Ensuite on est allés en Allemagne, en Autriche et avons presque fait la jonction avec les Russes: Voici ce qui est écrit sur mon livret militaire:
du 27/10/1944 au 24/11/1944 – Bataille des Vosges
du 25/11/1944 et 04/12/1944 – Bataille de Belfort
du 05/12/1944 au 22/01/1945 - Bataille d'Alsace
du 23/01/1945 au 02/02/1945 - Bataille de Colmar
du 07/04/1945 au 21/04/1945 – Bataille de la Forêt Noire
Franchit le Rhin à Seltz (67) le 16 Avril 1944
du 22/04/1945 au 01/05/1945 – Bataille du Haut Danube
du 03/05/1945 au 08/05/1945 – Bataille d'Autriche

J'ai été démobilisé le 19 novembre 1945
Je n'ai pas été blessé, j'ai juste attrapé une bronchite chronique, que j'ai toujours gardée, en souvenir.

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Re: FRESSE SUR MOSELLE - SOUVENIRS DE ROGER CLAUDEL

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 18:06

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