BUSSANG - SOUVENIRS DE MICHEL FOKI

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BUSSANG - SOUVENIRS DE MICHEL FOKI

Message par yves philippe le Dim 16 Oct 2016 - 21:14

J''habite à Saint Maurice, mais c'est à Bussang, d'où je suis originaire, que j'ai traversé la dernière guerre.

Je me souviens bien de l'entrée en guerre parce que la municipalité m'a demandé d'aller coller les affiches qui appelaient à la mobilisation.

J'ai vu mes premiers Allemands alors que je me trouvais chez mon oncle à Lamerey, ils étaient lourdement armés par rapport aux soldats français.
Ils ont installé leur Kommandantur dans la mairie de Bussang.

Tous les soldats français, qui étaient jusque là en poste à Bussang ont fui. Il y avait un cantonnement au ”Quartier” et un autre à la maison de retraite qui était à l'époque un hôpital militaire.
Je me souviens que j'avais récupéré un petit cheval de l'armée Française. J'avais le droit de le garder à l'unique condition qu'il soit bien soigné. Tous les deux ou trois mois je devais aller le présenter à la mairie.

Je travaillais à cette époque là dans l'entreprise de plâtrerie/peinture de mon père. Je me souviens être allé au Ménil où on a fait les plâtres de “La Familiale” qui venait d'être construite en 1939. Nous couchions au presbytère.

Je suis de la classe 42 et comme tous les jeunes de mon âge, j'ai été requis pour aller travailler en Allemagne. J'ai quitté Bussang en octobre 1942.
Je me suis retrouvé durant quinze mois à Braunschweig, en Saxe, à 80 kilomètres de Hanovre. Je travaillais avec 1200 ouvriers de chez Berlier, dont les deux fils de Marius Berlier. Ils étaient tous requis comme moi. L'usine où nous travaillions se nommait la Bussing-Nag, On y construisait également des camions.

L'Allemand qui était responsable de moi était un bon gars. Il m'avait, dès le début, recommandé de ne pas dire que j'étais peintre en bâtiment, pour ne pas avoir une mauvaise place. Il est vrai que ce n'était pas un emploi très recherché à l'époque, Les Boches avaient d'autres priorités puisque toute la production allemande tournait pour le Reich.
Je me suis retrouvé contrôleur de pièces détachées qui venaient de fonderie.
L'Allemand en question avait été fait prisonnier en Normandie lors de la guerre 14/18. Il parlait le Français aussi bien que moi.

Au bout de 15 mois passés là-bas, j'ai obtenu des faux papiers par l'intermédiaire du secrétaire de Mairie de Bussang, Georges Pierrel. Il avait fait un document m'informant que mon père était gravement malade et qu'il fallait que je rentre.
De son côté, mon père avait fait tamponner ce document par un de ses copains qui était gardien à la préfecture d'Epinal et qui avait discrètement accès aux divers cachets de la Kommandantur.

La veille que je ne quitte l'Allemagne, nous avons subi un bombardement où tous les bureaux de l'usine ont été ravagés.

Je suis partis uniquement avec un bout de pain et un bout de saucisson. Je me suis rationné et cette nourriture m'a alimenté durant quatre jours.

J'ai été contrôlé à Essen, en Allemagne. Sur les cinq Français que nous étions, j'ai été le seul à rester dans le train, preuve que mes faux papiers étaient bien faits. Cela m'a permis de revenir en France par le train le plus rapide. Les autres Français se sont retrouvés dans un train de permissionnaires, beaucoup plus lent.

A cause des bombardements et des destructions des lignes de chemin de fer, j'ai dû passer par la Belgique et les Ardennes.

A Sedan, on nous a fait débarquer du train et soumis à un autre contrôle. Là j'ai eu de la chance, l'officier qui contrôlait était originaire de Braunschweig.
Il a voulu connaître la situation sur Braunschweig. Je l'ai renseigné sur ce que je savais et j'ai repris le train sans difficulté.
Dans le train, je me suis retrouvé avec deux gendarmes français. Ils cassaient la croûte et je les regardais avec de grands yeux.
Un des gendarmes qui avait dû remarquer mon regard m'a demandé si j'avais mangé. Il n'a pas hésité une minute à me donner son repas lorsque je lui ai dit que je n'avais pas mangé depuis plusieurs jours.
A Nancy, il m'a même trouvé et payé une chambre. Au matin il était parti et je ne l'ai jamais revu.
Je regrette de ne pas avoir pris le nom de ce gendarme, pour le remercier.

Je suis revenu à Bussang vers la fin janvier de 1944. Le lendemain même, j'étais contacté par Emile Luttenbacher pour que je rejoigne le maquis du Séchenat à Bussang.

Comme il fallait que je me cache, j'ai passé mon temps à naviguer entre la maison de mon oncle à l'Amerey, celle d'Henri Philippe aux Granges du Ménil et au maquis du Séchenat.
Le maquis du Séchenat se trouvait dans la forêt, à droite par rapport au Pont du Séchenat. Il y avait peut être une cinquantaine d'hommes là-haut, dont des Russes qui s'étaient échappés du tunnel de Bussang où ils étaient prisonniers.

Je montais au maquis le jour où il a été attaqué. Maurice Grosjean m'a averti de ne pas y aller. Je suis donc allé me cacher aux Evaux, au dessus du Séchenat où je suis resté la journée. Ensuite je suis descendu à La Hutte et ai pris contact avec “Prosper”, le chef du maquis. Prosper nous a conduits à la baraque du Peu Haut où nous avons passé la nuit.
Au matin, un voiturier, Mr Riblet nous a conseillé de quitter les lieux parce que les Allemands étaient partout. Nous sommes redescendus à la Hutte où nous avons rejoint le maquis de Bussang.
Les maquisards quittaient les lieux pour remonter au Peu Haut.
Moi j'en ai eu marre de ces allées et venues alors je suis allé retrouver mon père qui travaillait dans une ferme du secteur. Je me suis mis du plâtre sur les vêtements pour faire croire que je travaillais et nous sommes redescendus au village.

En cours de route, nous avons été contrôlés cinq fois par les Allemands. Ils ont fouillé nos sacs mais n'ont rien trouvé.
J'ai croisé Claudel, le responsable du maquis. Il venait d'être fait prisonnier. Il avait les mains liées dans le dos et les Allemands le tenaient à distance avec une grande corde. Les Allemands lui ont demandé s’il me connaissait et il leur a confirmé que j'étais bien plâtrier.
Il s'est bien gardé de dire que la veille il m'avait fait une démonstration d'utilisation du fusil mitrailleur anglais.

J'ai rejoint mon domicile puis suis allé chez une de mes tantes. Le lendemain je suis allé au Ménil et ai passé les lignes sur les coups de 04h00 du matin pour rejoindre le Col de Morbieux et la zone qui était libérée.

Je me suis retrouvé à Ferdrupt où j'ai été interrogé par les militaires Français. Ensuite je suis descendu sur Remiremont où je me suis engagé avec des copains dans la Brigade d'Alsace Lorraine. Il s'agissait d'un régiment composé d'Alsaciens et de lorrains ainsi que d'anciens maquisards venant du massif du Vercors.

De Remiremont nous sommes allés en Haute Saône où nous sommes restés deux mois, ensuite nous avons fait route sur l'Alsace en suivant l'armée du Général Leclerc. Nous avons eu pour mission, avec la Légion, d'empêcher les Allemands d'aller se réfugier en Suisse.

Nous sommes allés jusqu'à Constance en Allemagne et j'ai été démobilisé en octobre 1945.

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