LE THILLOT - SOUVENIRS DE MARCEL VANNSON

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LE THILLOT - SOUVENIRS DE MARCEL VANNSON

Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 13:54

Je suis né en 1920, en principe j'attendais ma feuille de route pour 1940 mais seuls les gens nés les trois premiers mois de cette année là ont été mobilisés, comme Gaston Millon par exemple.

Suite à un ordre de quitter la région concernant tous les hommes âgés de 18 à 50 ans nous avons pris place à bord de camions "Gazo-bois" réquisitionnés aux établissements Laroche du Thillot, le 14 Juin 1940 à 20h00 et sommes arrivés sur Dijon le lendemain matin.
Comme les Allemands descendaient eux aussi, , nous avons continué notre route, toujours un peu plus loin. Nous sommes donc passés successivement par Mâcon, Clermont Ferrand pour arriver dans les moments de l'armistice dans la région d'Albi.
Nous sommes restés dans cette région jusqu'au mois d'Août puis avons décidé, avec mon frère Gilbert, qui était un an plus jeune que moi, de revenir dans les Vosges.
Nous avons pu remonter jusque Bourg en Bresse (01) mais il ne nous était plus possible , théoriquement, d'aller plus au nord.
Nous avons passé la ligne de démarcation vers Champagnole ( 39). Elle était constituée par une rivière que nous avons franchie un après midi, à pieds secs presque, puisque les eaux étaient très basses.
Notre passeur était équipé de matériel de pêche, il faisait semblant d'aller pêcher et nous guidait.
De l'autre côté de cette rivière, nous sommes arrivés dans un petit village et avons été recueillis par une dame Grandclaude, dont le frère travaillait à la pharmacie André du Thillot.
Ensuite nous avons pris un train qui était bourré d'Allemands. Nous sommes arrivés à Lures à 21h00. Nous avons pris le car le lendemain et sommes arrivés au Thillot le 22 Aout 1940.
Ma sœur qui était institutrice sur St Dié, gardait notre maison au Thillot. Notre retour lui a permis de reprendre son poste à St Dié, à la rentrée scolaire.
Je précise que mes parents avaient également fui vers le Sud et s'étaient réfugiés à Novacelles (63) près de Clermont Ferrand.
Mes parents, qui étaient avec mes autres frères et sœurs, ne sont revenus au Thillot qu'un an environ après. Mon père avait tenté de passer la ligne de démarcation par deux fois et s'était fait prendre. Ca lui a valu d'aller deux fois en taule, heureusement que les conditions de détention n'étaient pas trop méchantes à cette époque là.
Au Thillot, il nous a fallu réparer les bâtiments de notre entreprise, vitres, toitures, et nous avons remis en route notre commerce de ferblanterie/plomberie, créé par mon père.
Le 25 Novembre 1942, je suis requis pour le STO. mon frère était également concerné mais j'ai réussi à faire en sorte qu'il n'y aille pas et qu'il continue l'entreprise.
Le Service du Travail Obligatoire se trouvait à Epinal. Nous étions convoqués à Epinal où on nous a pris tous nos papiers. Ensuite, nous avons été embarqués par train en direction de Mulhouse (68) où nous sommes arrivés vers 20h00. Nous avons mangé là et avons pris la direction de Francfort, puis Dortmund où on nous a fait débarquer du train.
Les Allemands ont mis nos valises sur une sorte de charrette et nous avons fait huit kilomètres à pied pour rejoindre un camp. Nous avons eu là un bout de pain et un morceau de saucisson.
Un interprète nous a accueilli, il nous a mis en garde sur la présence d'un camp de prisonniers Russes qui s'y trouvait et que nous ne devions pas approcher.
Il s'agissait également d'un camp où s’entraînaient les soldats Allemands. Nous avons été répartis dans des baraquements en bois à une quinzaine de personnes environ par chambre.

Le lendemain, nous avons perçu chacun un uniforme Allemand, sans les insignes bien sûr, mais dont certains laissaient encore apercevoir la marque de la croix gammée.
Nous avons touché un calot, une veste, un pantalon, une paire de souliers et une capote. Affublés de cette tenue, nous avons commencé à nous poser pas mal de questions. Nous nous demandions si nous n'allions pas aller sur le front de Russie.
Nous sommes restés là huit jours avec un effectif d'environ 1200 STO Français, un peu plus même puisque je portait le numéro 1229. Les Allemands voulaient former une compagnie avec notre effectif.
Nous étions presque considérés comme des militaires, on mangeait au mess comme eux et bénéficions de la cantine. Par contre, nous ne faisions absolument rien.
Les Feldwebels ont tenté de nous mettre au pas et de nous faire saluer les Officiers Allemands. Un ou deux seulement l'ont fait mais nous avons su les persuader de ne plus recommencer.
Ensuite nous avons pris la direction d'Oberhausen, entre Duisburg et Essen où nous sommes arrivés au matin.
Des gens venaient nous chercher là pour nous embaucher. J'ai donc travaillé pour le compte d'un petit plombier.
De toutes façons nous n'avions plus de papiers et étions toujours sous régime militaire ce qui fait que nous étions obligés de nous tenir à carreau. Nous n'avions jamais gain de cause avec eux.
Une compagnie de discipline existait pour sanctionner les écarts de conduite. Une soixantaine de gars s'étaient fait prendre en train d'écouter la radio, ils ont été transférés dans des camps de concentration.
J'ai dû travailler pour ce plombier jusqu'au mois de Mars 1943. Ensuite j'ai été transféré dans un camp à Schweinfurt, en Bavière, entre Francfort et Nuremberg. Ils cherchaient là un peu tous les corps de métier, je me suis présenté comme plombier. Il y avait là une usine de roulement à billes qui avait été bombardée. Il fallait donc la restaurer.
Nous avions bien des permissions pour revenir de temps à autres chez nous, mais comme ceux qui partaient en permission ne revenaient pas, les autres ne pouvaient plus partir. Je suis resté là jusqu'à la libération le 26 Avril 1945.
Ce sont les Américains qui nous ont libérés. Ils avaient été précédés par une vague de bombardements. Il s'est donc passé une période de huit jours environ où nous ne travaillions plus.
Les Américains nous ont rassemblés dans une ancienne caserne de Schweinfurt avec d'autres prisonniers et déportés, il y avait là aussi des Italiens et des Russes.
Une fois libéré, j'ai pris le train et suis revenu au Thillot le 02 Mai 1945.
Voilà où et comment sont passées ce qui aurait du être certaines des plus belles années de ma vie.
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Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 13:54

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