RAMONCHAMP - SOUVENIRS DE MAURICE PIVEL

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RAMONCHAMP - SOUVENIRS DE MAURICE PIVEL

Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 13:57

Je suis né le 30 Mars 1920 à Ramonchamp, si j'étais né deux jours plus tard, je n'aurais jamais été mobilisé puisque seuls les contingents du premier trimestre 1940 ont été pris.

J'ai passé le conseil de révision au Thillot et ai été reconnu "Bon Pour le Service".
J'ai été appelé sous les drapeaux dans les chasseurs Alpins à Annecy. je n'ai pas combattu puisque les Italiens venaient de nous déclarer la guerre le 10 Juin 1940. nous avons été démilitarisés le 11.
J'ai donc été envoyés au camp de Surgères (17). Quand les Allemands sont arrivés, ils nous ont envoyés en zone libre au camp de jeunesse de Rumilly en Haute Savoie.
J'ai été démobilisé et ai passé la ligne de démarcation à Mesnay - Arbois (39).
Juste avant de passer la ligne, je me suis retrouvé dans un café. Tout le monde se regardait du coin de l'œil.
Un gars qui était venu en zone libre avec un vélo tandem cherchait un équipier pour remonter en zone interdite. Passer seul la ligne sur un tandem aurait trop attiré l'attention. C'est comme ça que je suis revenu en zone interdite.
La chance fit que le gars remontait sur Lure, nous avons donc fait la route ensemble. Je me souviens qu'on a chuté sur du gravier, mais il n'y a pas eu trop de mal.
J'ai passé la nuit à Lure, j'en avais plein les bottes! J'ai revu ce gars plus tard en 45-46.

Le lendemain j'ai trouvé un camion qui m'a mené jusqu'au Thillot et je suis donc revenu à Ramonchamp dans notre ferme de l'Etraye.
Mon frère Robert avait été fait prisonnier. Il était dans un camp près de Berlin. J'ai donc travaillé à la ferme en 41, 42 et 43.

J'ai adhéré aux FFI et était un peu responsable sur Ramonchamp entre les 20 Janvier 1944 et le 02 Octobre. Entre temps, je suis allé au maquis de l'Ognon du 1er au 20 Septembre 1944. Là, nous faisions du maniement d'armes, des exercices, nous réceptionnions les parachutages. J'étais Chef de sizaine et m'occupais d'un groupe de jeunes, lesquels étaient tous originaires de Ramonchamp.


En 44, j'ai été désigné par le Maire de l'époque pour conduire une vache à la réquisition au Thillot. J'ai refusé. Je savais que les Américains se trouvaient à Ferdrupt alors j'ai décidé d'aller les voir afin qu'ils bombardent un peu dans le coin pour empêcher cette réquisition.
Je me rends donc à Ferdrupt et tombe sur des soldats qui parlaient Français.
"C'est normal, puisqu'on est Français" me répondent ils. C'était les Paras du 1er Régiment de chasseurs Parachutiste de Pau.
J'ai demandé à voir leur Chef. C'était le Capitaine Chevalier.
Je lui explique le problème mais il me fait comprendre qu'un bombardement ça ne se décide pas aussi simplement que ça.
Les militaires se trouvaient au niveau de la scierie COLLE. Leur Etat Major se trouvait à la coopérative de Ferdrupt, à côté de l'école, dans ce qui fut par la suite un salon de coiffure.
A cette période là, comme j'aimais bien ça je me suis engagé volontairement pour la durée de la guerre auprès du 1er RCP. C'était le 03 Octobre 1944.
Je suis donc revenu à Ramonchamp et ai prévenu les paysans de ne pas emmener leurs vaches à la réquisition puisque les Français allaient bombarder.
Le bombardement a eu lieu un peu plus tard, avec des "fusants". Une maison a grillé à "La Mouline", au THILLOT, près de "L'étang de la Chaume". Le Maire m'en a voulu parce que je n'avais pas respecté les consignes.
Les paras sont donc venus sur les hauteurs de Ramonchamp en passant par le Col de Morbieux.
Le 07 Octobre, un voisin vient me voir et me dit " Toi qui est dans la résistance, sais tu que les soldats sont dans la forêt au dessus de chez nous?"
Je suis allé les voir et je tombe sur les paras que j'avais vus à Ferdrupt. C'était le Capitaine Chevalier avec ses hommes.
Ils étaient coincés là, sans vivre et sans pouvoir se replier parce que les Allemands avaient ré-annexé le Col de Morbieux. Ils ne pouvaient pas avancer non plus.
Les paras m'ont demandé une vache pour la manger. Je n'avais pas voulu donner ma vache aux Allemands, je ne voulais pas leur laisser non plus.
Je leur ai dit qu'en compensation j'allais leur trouver un bon casse croûte.
Je savais qu'un de mes soldats se trouvait pas loin de là dans la ferme de chez Joly, alors je leur ai promis de leur apporter des patates et du fromage.
Le soir je suis descendu chez Joly et on a commencé a cueillir une trentaine de kilos de pommes de terre et à préparer le casse-croûte.

Le lendemain matin, je suis remonté en forêt pour aller chercher les soldats. Arrivé là haut, le Capitaine Chevalier a remarqué avec ses jumelles que les Allemands avaient annexé la ferme de chez Joly. J'avais eu chaud.

J'ai demandé au Capitaine de rester dans le forêt, il m'a répondu: " Nous sommes là pour faire la guerre".
Ils sont partis à l'assaut de la ferme, mais les Allemands y ont mis le feu. Le Capitaine Chevalier a été tué là, près de la ferme.
Le fils Joly, Camille, qui avait voulu se sauver a été tué dans le pré. Ce devait être le 04 Octobre.
Ensuite j'ai conduit les troupes dans la forêt du Géant sur les hauteurs du Ménil où l'attaque a eu lieu le 06 Octobre. Les Paras ont eu pour mission d'aller jusqu'au Col de Bussang en contournant le Ménil.
J'ai été blessé au genou dans la forêt du Géant le 11 Octobre et transporté à l'hôpital sur Dijon.
Notre ferme de l'Etraye a été brûlée le 14 Octobre.
En raison des lourdes pertes que le 1er RCP a subit lors de l'attaque de la cote 1008 au Ménil le 15 Octobre, le régiment a été relevé pour être reformé.
Le village de Ramonchamp a été libéré le 26 Novembre.
Je suis revenu à Ramonchamp pour le 11 Novembre puis ai participé aux opérations de libération de l'Alsace du 06 Décembre au 26 Février 1945.
J'ai été cité à l'ordre de la division suite aux combats de Benfeld (67) le 10 Janvier 1945 où j'ai fais deux prisonniers. J'ai aussi été cité à l'ordre du régiment suite aux faits du 29 Janvier à Jebsheim où nous avons fait 15 prisonniers.
Je suis revenu en permission fin Février. En refaisant le tour de Ramonchamp et des lieux où j'étais passé, je suis revenu à la ferme Joly. Là j'ai eu la désagréable surprise d'y retrouver le corps du Capitaine Chevalier. Il avait passé l'hivers là et personne ne s'était occupé de lui.
Je suis allé faire part de ma colère à la Gendarmerie du Thillot où les démarches qui s'imposaient ont été prises.
Dans ce même laps de temps, j'ai participé aux relevés des corps à la Cote 1008 au Ménil. les corps des soldats ont été relevés et ils ont été enterrés au cimetière militaire du Bennevise, à l'entrée de Rupt Sur Moselle.
Des familles volontaires venaient s'occuper bénévolement de ces tombes.
Apres la libération de la France, je suis retourné à Pau jusqu'à ma démobilisation le 25 Novembre 1945.
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Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 13:59

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