BUSSANG - SOUVENIRS DE ANDRE MICHEL PETIN

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BUSSANG - SOUVENIRS DE ANDRE MICHEL PETIN

Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 14:01

Je suis né à Epinal mais je n'y ai connu que la maternité, ma jeunesse s'étant totalement déroulée à Bussang.

En 1939, l'année de mes 20 ans, la fête de Bussang a été annulée, comme d'autres dans le secteur. Il faut dire qu'il y avait en plus de l'entrée en guerre un mètre de neige et les stands des forains n'étaient pas en mesure de supporter ce poids.

Les Allemands sont venus nous saluer en mettant le feu au centre du village, plusieurs maisons sur la place ont été incendiées par des bombardements.

Je suis parti au service militaire le 08 Juin 1940 et j'ai été incorporé au 27eme Régiment de Chasseurs Alpins d'Annecy.

Les Allemands étant déjà arrivés la bas, nous avons été faits prisonniers aussitôt, pour être libérés le mois suivant.

Les conventions d'armistice venant d'être signées, nous avons été démilitarisés au bout de trois mois et placés dans les "Chantiers de jeunesse", mis en place par le Maréchal Pétain.

Nous nous sommes retrouvés cantonnés à La Rochelle, puis Saintes, puis au camp de Surgères. il y avait également un camp de prisonniers à cet endroit, nous étions 35.000.

Changeant de place à plusieurs reprises, nous nous sommes donc retrouvés à Rumilly dans les Hautes Alpes, sur les pentes du Clergeon. Nous étions peut être mille cinq cent à être stationnés là. Nous coupions du bois pour faire du charbon. Une dizaine de camps occupaient toute la montagne qui sépare le lac du Bourget de celui d'Annecy.

Il me reste quelques archives de "l'Echo du Clergeon", la revue quotidienne du camp de jeunesse, ce qui établit que je m'y trouvais en Septembre 1940. Je me trouvais là avec Léon Arnould, également originaire de Bussang, il était muletier.

En mars 1941, je suis parti avec un copain dans une ferme de Haute Vienne où son oncle, qui était soldat en 40, s'était réfugié. Nous nous retrouvons donc à Vicq Sur Breuilh où nous sommes employés comme commis de ferme.

Le couple qui nous employait ne parlait pas Français. Il ne parlait que le patois local, seul le mari parlait un peu le Français parce qu'il avait été soldat en 14 en Saône et Loire.

Par la suite, j'ai décidé de m'engager alors je suis parti à Périgueux et j'ai été incorporé au 35eme Régiment d'Artillerie. J'ai passé une visite médicale et ai dit que je voulais aller en Afrique du Nord. Suite à cette visite médicale, le médecin a trouvé que j'étais trop petit pour l'artillerie et je me suis retrouvé au 13ème Chasseurs de Chambery. Il y avait là une demie brigade d'infanterie alpine formée des 7ème, 13ème et 27ème Régiments.

Je suis resté à Chambery jusqu'au jour où les Allemands ont envahi notre caserne alors que nous nous trouvions au champ de tir. Contrairement aux Allemands, mais conformément aux conventions d'armistice, nous n'étions quasiment pas armés.

Une fois revenus au cantonnement, nous nous sommes tous posés des questions sur notre devenir. La peur d'être enrôlé par les Boches, contre notre gré, nous a forcé à réagir. Avec d'autres, je me suis enfui. A l'aide de nos draps de lit, nous avons fait une corde et nous sommes passés discrètement par la fenêtre.

Je suis allé me réfugier dans la famille d'un copain du régiment, Léon Charton, originaire de Moselle, qui avait fui ce département avec ses parents, lesquels avaient trouvés refuge sur Aix les Bains.
Sur ce secteur j'ai trouvé un emploi d'aide cuisinier pour le compte d'un établissement qui œuvrait au profit de sourds et muets, à La Motte Servolex, au sud du lac du Bourget.

Un bruit a couru que les Allemands allaient faire des rafles et j'ai su que les Boches s'étaient présentés chez mes parents à Bussang parce qu'ils me recherchaient.

J'ai quitté mon poste de marmiton et suis allé me cacher dans une ferme vers le lac d'Aiguebelette.

Le maire de la commune m'a fait une fausse déclaration d'embauche ainsi qu'une fausse carte d'identité. Je m'appelait dorénavant Michel Perrier. Dans ces cas de figure, les initiales des noms changeaient rarement.

Je me trouvais dans cette ferme lorsque des soldats Italiens de passage ont fait savoir qu'ils étaient devenus nos alliés.

Au bout d'un an environ passé dans cette ferme, le débarquement de Provence venait d'avoir lieu et le 3ème Régiment de Tirailleurs Marocain est arrivé sur ce secteur.

Je me suis engagé et j'ai été incorporé dans ce régiment. Nous sommes restés sur Chantemerle quelques temps et un beau jour le vaguemestre nous apprend que nous allons faire route vers les Vosges.

Le hasard a fait que je retrouve un de mes Chefs lorsque nous étions au camp de jeunesse. Le nommé Chichignoux était maintenant mon Lieutenant dans les Chasseurs Alpins.

Nous avons embarqué dans un train et nous avons mis cinq jours pour arriver en Haute Saône tellement les lignes ferroviaires étaient en mauvais état. Nous avons débarqué à Faymont, près de Plombières les bains, où se trouvait le terminus du train. C'était vers Novembre 1944.

Nous avons pris place dans des camions et avons remonté la vallée de la Haute Moselle. Çà m'a fait tout drôle de retrouver Remiremont. En passant à Bussang, je me suis arrêté dans un commerce et j'ai demandé à ce qu'on fasse savoir à mes parents que j'allais bien. Çà faisait quatre ans que je ne les avais pas vu.

En remontant la vallée de la Haute Moselle, lorsque les ponts étaient coupés, nous prenions les lignes de chemin de fer.

Les tranchées anti-chars de St Maurice Sur Moselle avaient été partiellement rebouchées pour nous permettre de poursuivre vers l'Est. Nous avons poursuivi notre route sur Mollau dans le Haut Rhin où nous sommes restés cantonnés quelques jours.

Arrivés à Mollau, nous sommes montés jusqu'au Grand Ballon à pieds avec les Tirailleurs Marocains et leurs mulets. Les Marocains étaient aguerris au froid et venaient des montagnes de l'Atlas. Ils étaient restés mobilisés contrairement aux Algériens qui supportaient mal les températures basses.

Ensuite nous avons rejoint le Markstein, La guerre étant finie en France, nous sommes repartis sur les Alpes.

J'ai été mobilisé à Suze en Italie où mon Etat Major s'était implanté. Je suis revenu à Bussang en Mai 1945.
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Re: BUSSANG - SOUVENIRS DE ANDRE MICHEL PETIN

Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 14:01

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