RAMONCHAMP - SOUVENIRS DE PIERRE LAMBOLEZ

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RAMONCHAMP - SOUVENIRS DE PIERRE LAMBOLEZ

Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 14:04

Je suis de la classe 1939. J'ai été appelé au service militaire le 08 Juin 1940 à Montélimar (26à, au 28eme RTT ( Régiment de tirailleur Tunisien) où je ne suis resté que huit jours. Les Italiens sont entrés en guerre, alors nous avons du rendre nos armes pour ne pas être fait prisonnier, les armes à la main.

Le 15 Juin, nous avons été dirigés vers Bordeaux (33) où nous n'avons jamais su ce que nous devions y faire. La rumeur à couru que nous devions aller en Afrique du Nord.

Comme nous ne savions pas à quelle sauce nous allions être mêlés, j'avais noté notre périple sur un petit calepin que j'ai toujours.
De Montélimar ( Drome) nous sommes passés par Oranges (84), Sargues (84), Avignon (84), Tarascon (13), Nîmes (30), Montpelier ( 34) Sète (34), Bézier (34), Narbonne (11) , Carcassonne (11), Castelnaudary (11), Toulouse ( 31), Montauban (82), Moissac (82), Agen (47), Marmande (47), La Réole ( 33), Bordeaux (33).

Du 17 au 25, nous nous trouvions à Port d'Envaux (17), du 25 au 27 à Juicq (17), du 27 Juin au 1er Juillet nous avons fait route vers Saintes ( Charente Maritime) où nous nous sommes retrouvés sous la coupe des Allemands. Nous nous sommes donc retrouvés dans une vieille caserne désaffectée. Je me souviens qu'il y avait un tas de patates au milieu de la cour et qu'on se servait directement sur le tas pour manger. On nous apportait de la bidoche qui était toute verte.

Ensuite nous avons été dirigé vers le camp de Surgères (17), en passant par Rochefort et La Rochelle. A Surgères, nous sommes restés au 1et au 06 Juillet.

Ensuite, encadré par les Boches et leurs side-car nous sommes partis à pied avec nos valises que nous portions dans le dos avec un bâton et nos couvertures roulées dans le dos pour nous rendre à La Jarne (17à à 28 Km.

Nous étions peut être une centaine à voyager ainsi. Il nous fallait marcher en rang. Il pleuvait, nos valises en carton cuit ont eu du mal à supporter le voyage. Certaines sont tombées, piétinées ou écartées du passage par les suivants au préjudice total de leur propriétaire.

Nous nous déplacions comme une troupe de soldats en rang. Je me souviens avoir bu dans des flaques d'eau. Nous avons séjourné à La Jarne du 06 au 14 Juillet. Là, nous dormions dans un ancien camp d'aviation et nous couchions sur de la paille dans d'anciens baraquement en bois.

Apres avoir repris le train jusqu'à Pothiere (21) où nous avons vécu dans une ferme du 15 Juillet au 28 Août. Là, je me souviens y avoir mangé des carottes tous les jours. On nous donnais aussi à manger du gras de cochon. A vrai dire, on le donnait aux canards.

Il me semble que c'est à cet endroit que nous avons été occupé à la confection d'une route à travers champs.

Ensuite, le 29 Août, direction La Vilette ( 03) , un lieu dit à côté de Tronçais, dans l'Allier. Là nous dormions sous tante par groupe de dix, au milieu de la forêt de Tronçais. On nous donnait des parcelles de bois à couper pour faire du charbon de bois.

Nous coupions tous les arbres qui faisaient moins de dix centimètres de diamètre. Nous débitions les troncs et les branches en morceaux de 50 cm.
Nous faisions des tas et y mettions le feu. Le tas était recouvert par une sorte de chapeau métallique, de ce fait, l'absence d'oxygène faisait que le bois ne brûlait pas mais se carbonisait sous l'effet de la chaleur.

Je pense qu'une bonne partie de ce charbon de bois était utilisé par les voitures qui fonctionnaient avec ce mode de combustion. Des Alsaciens de métier travaillaient à l’abattage, ils étaient payés à la production, de ce fait, on peinait à suivre. Nous y sommes restés du 30 Août au 28 Septembre.

Du 29 au 18 Février, nous avons séjourné à Uzay Le Venon ( 18), en dessous de Bourges. puis du 03 au 15 Avril, nous étions à Clermont Ferrand. Entre temps, nous sommes passés par Ganat (03) Riom ( 63). Les couvertures que nous trimbalions servaient de toile de tante. Elles n'avaient guerre le temps de sécher.

A chaque halte, nous dressions notre camp, faisions de l'éducation militaire, faisions de petits bouts. Notre mode de vie ressemblait à celle des boy-scouts.

Je me souviens que dans ce périple, mais je ne sais plus où exactement, j'ai croisé Robert Parmentier, l'ancien Maire de Rupt Sur Moselle qui était dans un camp de jeunesse comme moi.

J'ai été démobilisé du camp de jeunesse le 23 Juin 1941.

Comme nous étions en zone libre j'ai du passer par la ligne de démarcation pour revenir à Ramonchamp. Je l'ai passée vers Lons le Saulnier (39). Nous étions au moins une vingtaine dans ce cas.

A la frontière zone libre / zone occupée, un allemand est monté à bord, nous a inspecté et est redescendu. Le chauffeur du car, ou son aide, est descendu du car avec des bouteilles. Au bout de quelques instants, il est remonté dans le car sans ses bouteilles et nous avons franchi ce poste de contrôle.

Un peu plus tard, le car nous a laissé à l'orée d'un bois. C'était maintenant à nous de nous débrouiller, nous avions franchi la ligne.

Nous avions des cartes d'identité spécifiques lorsque nous étions dans ces camps de jeunesse, mais les passeurs nous les ont fait détruire avant de passer les lignes.
Je me souviens avoir traversé cette forêt, mais mes souvenirs sont flous. ( Probablement aux alentours de Vaudrey (39) Ndr).

Nous avons repris le train, je me souviens qu'à la descente du train, peut être à Belfort (90) des femmes en uniforme Allemands patrouillaient sur le quai.

Revenu à Ramonchmp, j'ai repris mon travail à l'imprimerie Notter, l'ancien photographe du THILLOT, jusqu'au printemps 1944. Là j'ai été contacté par Henry Ramseyer, directeur du tissage SFK. Il était responsable FFI sur Ramonchamp. C'est ainsi que j'ai donné un coup de main lors des parachutages au maquis de l'Ognon. J'ai fini par séjourner au maquis à partir du 24 Aout mais je n'y suis pas resté longtemps puisqu'il a été dissout peu de temps après.

Le 04 Juin 1944, j'ai été rappelé sus les drapeaux et affecté au C-O- 120 de Nancy.

Entre temps, mon père, qui était invalide de guerre puisqu'il avait eu les deux jambes coupées à la guerre 14, a fait une demande pour que je sois démobilisé. Il avait besoin de moi à la maison du fait que mon frère, Roger, était fait prisonnier en Allemagne dans un stalag près de Berlin.

J'ai donc été démobilisé le 08/10/1945
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Re: RAMONCHAMP - SOUVENIRS DE PIERRE LAMBOLEZ

Message par yves philippe le Sam 22 Oct 2016 - 14:06

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